La sortie Salses-Tautavel

Samedi 20 mai 2017, à 7h00 du matin, une trentaine d’Amis du Vieil Istres sont montés dans le car qui les a emmenés dans les Pyrénées-Orientales. Une journée complète pour cette dernière sortie de l’année, avec le matin la visite de la forteresse de Salses et l’après-midi le musée de Tautavel.

La forteresse de Salses est exceptionnelle. Quand le célèbre Vauban la découvre, il qualifie aussitôt de génie son concepteur dont il s’inspirera par la suite dans ses constructions. Car il s’agit de l’architecte Francisco Ramiro Lopez de Madrid. Elle a été construite entre 1497 et 1503, peu après la déclaration de guerre de l’Espagne à la France. Les espagnols occupent le Roussillon et les rois catholiques (les époux Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille) ordonnent alors l’édification d’une place forte. La sentinelle du royaume hispanique sera finalement semi-enterrée, tapie comme un fauve à l’affût, au pied des Corbières. Ce qui lui donne l’avantage de ne pas être repérée de loin. Aussi, la partie la plus haute (tour de l’Hommage) ne culmine qu’à 26 mètres. Les murs extérieurs, d’une épaisseur atteignant 11 mètres, ont découragé les boulets des assaillants mais ils ont aussi largement contribué à conserver l’édifice. Ces murs extérieurs sont escarpés, atténuant l’impact des boulets et les faisant ensuite redescendre vers les fossés. De plus, il fallait passer trois ponts-levis successifs pour pénétrer seulement dans le châtelet d’entrée. L’architecte espagnol avait donc prémédité un lieu sûr, pouvant accueillir le gouverneur et ses officiers qui pouvaient recevoir des visites féminines. Ce qui n’était pas le cas des 1500 soldats …

Les Amis du Vieil Istres devant l’entrée de la forteresse de Salses.

Evidemment, tout était en rapport. La forteresse est presque assimilable à un village avec ses cultures, ses réserves de nourriture, sa boulangerie (un soldat consommait 600 grammes de pain par jour), 60 toilettes, 80 urinoirs, des salles spacieuses pour la noblesse, une étable (dimensionnée pour 30 vaches produisant 600 litres de lait par jour), des galeries et labyrinthes (3 km au total), latrines, hammam, monte-charge pour monter les plats des cuisines à la salle à manger du gouverneur et bien d’autres salles surplombant, au centre, la place d’armes. Du grand luxe pour l’époque, d’autant plus que l’édifice était avant tout à vocation militaire.

La forteresse était conçue pour être imprenable et tenir 40 jours de siège. Car, quand on ne peut entrer de force, on assiège. Salses l’a vécu comme bien d’autres châteaux-forts plus modestes. Les Français puis les Espagnols l’ont reprise à tour de rôle à la suite de longs sièges mais Salses restera française à partir de 1642.

Après avoir connue diverses utilisations (dépôt de munitions, prison, lieu d’exercices …), le site est alors protégé au titre des monuments historiques en 1886 puis déclassé. L’administration des Beaux-Arts le prend en charge en 1930 jusqu’à la passation à la direction du patrimoine du ministère de la Culture. Le service des monuments historiques poursuit patiemment son entretien et sa restauration.

Repas de midi au restaurant El Silex à Tautavel.

Après le repas, le musée de préhistoire de Tautavel attendait les Amis du Vieil Istres. Un musée incontournable. En effet, lors de la fouille archéologique de la Caune de l’Arago, les équipes du professeur Henri de Lumley découvrent en 1971, le crâne d’un homo erectus, soit l’homme qui se tient debout, un pur bipède ayant vécu il y a – 450 000 ans avant JC. Cro-Magnon est presque oublié face à cette découverte qui prend alors le nom populaire d’homme de Tautavel, le plus ancien d’Europe à cette époque. Une découverte qui a évidemment impliqué la création d’un pôle scientifique et culturel. Le petit village viticole de Tautavel devient mondialement célèbre et profite avec plaisir d’un renouveau commercial … inattendu. La grotte était cependant connue depuis 1838, étudiée par Marcel de Serras qui y identifia la faune. En 1948 les recherches de Jean Abélanet permettent de mettre à jour une industrie lithique datant du paléolithique. Des avancées qui vont pousser en 1963 Henry de Lumley à visiter le site et d’entreprendre des fouilles plus méthodiques jusqu’au fameux 22 juillet 1971, jour de la découverte du crâne humain.

Les fouilles ont bien sûr livré une industrie lithique typique du Paléolithique inférieur (biface, chopper …). La faune également grâce à des ossements d’espèces disparues comme l’ours de Deninger, le cheval de Mosbach, le lion archaïque des cavernes, les rhinocéros de prairie et de Merck mais aussi d’espèces qui ont génétiquement évolué dans des contrées plus chaudes après avoir fui la période glaciaire. On peut citer les ancêtres de l’éléphant, du cerf élaphe, du daim, du thar, du bœuf musqué, du bison des steppes, du loup, de la panthère, du lynx des cavernes et du chat sauvage. Certaines sont presque inchangées comme le castor, le lapin de garenne, le mouflon et le porc-épic. Les hommes de Tautavel, laissaient sur place, dans la Caune de l’Arago, les restes de leurs repas qui se sont accumulés sous divers couches de sédiments, la plus ancienne et la plus profonde remontant au Paléolithique inférieur européen.

Les Amis du Vieil Istres devant la carte des temps géologiques.

L’informatique a permis de recréer le visage de l’homme Tautavel à partir de son crâne. Il se reconnait à son front fuyant, ses arcades proéminentes, sa bouche en avant et à son absence de menton. La caverne (Caune de l’Arago) n’était pas un habitat permanent mais un lieu de halte. Une pause de chasse très prisée car le site offre un point de vue stratégique sur l’ensemble de la vallée. Ce qui permet une observation de la faune, source indispensable de nourriture tout comme l’eau de la rivière Verdouble, qui zigzague en contre-bas.

Les campagnes de fouilles se poursuivent chaque été. Depuis 1971, 149 restes humains ont été découverts. Le dernier en 2015 n’est autre qu’une dent datée de -580 000 ans. Ce qui conforte la Caune de l’Arago, à Tautavel, dans sa position de site majeur de la préhistoire mondiale.

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La Sicile musulmane, conférence de Michel Sciara

Ce jeudi 4 mai 2017, Michel Sciara, médecin istréen, est venu nous conter l’histoire de la Sicile musulmane ou la seconde Andalousie (826-1061). C’est l’approfondissement d’une période de cette île dont l’histoire générale avait déjà été présentée par ce même conférencier, il y a six ans.

La Sicile est sous le joug de l’Empire byzantin. Par son climat favorable, l’île est une richesse mal exploitée pour les Arabes du Maghreb qui la convoitent alors. Palerme tombe entre les mains des Fatimides (appuyés par des Berbères) en 831 puis Taormina en 902. Une guerre civile va avoir lieu de 909 jusqu’en 917 entre Chiites et Sunnites.

Malgré ce conflit, la conquête musulmane va provoquer l’essor de la Sicile. Avec 300 000 habitants, Palerme devient la capitale (30 000 pour Rome à la même époque). Une capitale aux 300 mosquées. Par son climat favorable, les arabes introduisent le mûrier (pour la culture de la soie), la canne à sucre, le coton, le henné, l’indigo, les pistaches et le papyrus, toujours fabriqué aujourd’hui à Syracuse. Dans la région de Taormina, la glace, prise sur les pentes enneigées de l’Etna (vers 3000 m) permet la fabrication de glaces au citron et à l’orange qui délectent la princesse arabe.

Dictés par l’Islam, les bains, jusqu’alors réservés à la noblesse, se démocratisent et deviennent accessibles pour le peuple. Car l’eau est maîtrisée et l’irrigation développée (canaux, invention du siphon, création de citernes de stockage …). La Sicile devient alors un véritable verger. Elle rayonne également par ses universités de médecine qui attirent à Palerme, une bonne partie de l’Europe. La domination arabe voit les musulmans cohabiter sereinement avec les populations chrétiennes qui doivent cependant payer un impôt si elles ne se sont pas converties à l’Islam.

Mais au début du XIe siècle, surgit une crise politique affaiblissant le régime en place, une aubaine pour l’Empire byzantin qui réussit à reprendre quelques villes dont Palerme en 1044. Puis, des Normands (Vikings d’origine), installés en Calabre depuis 200 ans, sont mandatés par le Pape pour prendre possession de l’île et la reconvertir au catholicisme. La Sicile devient Normande. Mais toutes les œuvres arabes ne sont pas détruites. Au contraire, elles sont réutilisées et les Normands au pouvoir, parviennent à faire cohabiter à l’unisson toutes les communautés. La langue officielle devient d’ailleurs l’arabe et cette population arabe construit même des églises pour les Normands ! Des Normands qui vont parer leurs lieux de culte avec de l’or pillé lors de leurs conquêtes précédentes. La cathédrale de Monreale, à Palerme, est un bon exemple avec son chœur recouvert de 7 tonnes d’or !

Les Normands vont profiter de cet âge d’or jusqu’à la conquête de l’île par les Angevins et Provençaux en 1266. Mais là, on déborde sur la suite de l’histoire de la Sicile, une suite qui fera peut-être l’objet d’une nouvelle conférence de Michel Sciara, passionnant orateur.

Le médecin et conférencier Michel Sciara remercié par Michel Issert, secrétaire des AVI. Au premier plan de la table, on remarque le drapeau de la Sicile dont les couleurs rouge et jaune, proviennent de celles de la Provence. En effet, l’Angevin Charles d’Anjou (1227-1285), comte de Provence par mariage,
devînt roi de Naples et de Sicile en 1266, succédant ainsi à la domination normande.

Prochain RDV :
Les 4 conférences plannées dans le premier semestre, sont terminées. Rendez-vous le samedi 7 octobre 2017 pour les Rencontres Historiques où seront fêtés les 70 ans des Amis du Vieil Istres (voir programme de l’année).

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Le milieu marseillais, conférence de Robert Strozzi

Jeudi 6 avril, Robert Strozzi nous a présenté une conférence maitrisée sur le milieu marseillais des années 30 jusqu’à la Collaboration. Deux amis vont s’associer : Paul Carbone (né en 1896 à Propriano, Corse) et François Spirito (né en 1900 à Itri, Italie), deux figures majeures et sanglantes de la pègre phocéenne. A l’instar des parrains américains, Al Capone et Lucky Luciano qui leur servent de modèle, ils firent main basse sur la ville avec des actes classiques du banditisme : rackets, contrôle des négociants, réseau de prostitution, traite des blanches organisée à un niveau international, trafic d’armes, machines à sous, corruption policière, matches de boxe truqués sans oublier l’incontournable trafic de drogue après avoir ouvert le premier laboratoire à Bandol, source de la future French Connection. Ils bénéficiaient évidemment de protection politique, notamment du sulfureux Simon Sabiani, premier adjoint du maire qui fut condamné à mort par contumace pour sa collaboration avec l’occupant allemand. Les deux bandits connurent cependant quelques arrestations et emprisonnements. Mais grâce à leurs appuis et à l’intimidation des témoins, les peines furent nulles ou dérisoires. Paul Carbone et François Spirito ont également collaboré … C’est d’ailleurs la Gestapo qui les fera libérer d’une prison à Sisteron et leur attribuera une carte dite Hommes de Confiance. Une collaboration qui amènera à tremper dans la plus grande rafle de Marseille avec 1600 arrestations dont 870 juifs qui seront déportés à Auschwitz.

Paul Carbone et François Spirito.

Paul Carbone décède le 16 décembre 1943 dans un accident de trains (sabotage de la Résistance). Il aura des obsèques glorieuses à Paris où de nombreuses personnalités de tout bord (dont Mistinguett et Tino Rossi) lui ont rendu un dernier hommage ! Après la guerre, son compère François Spirito tend à se ranger des affaires. Il ouvre un restaurant à Sausset les Pins puis meurt à Toulon le 9 octobre 1967. Telle se termine l’histoire des Borsalino marseillais, prémices de la mauvaise réputation de la capitale phocéenne. Mais c’est pourtant l’histoire de cette ville aux nombreux atouts culturels et patrimoniaux. Des atouts malheureusement trop souvent occultés par la une des médias à la recherche de sensations.

Robert Strozzi (secrétaire adjoint des Amis du Vieil Istres) pendant sa conférence
puis remercié par Michel Issert (secrétaire des AVI).

Prochaine conférence :
Jeudi 4 mai, 18h00 avec Michel Sciara, médecin Istréen : La Sicile, du Haut-Moyen Age ou la seconde Andalousie.

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L’assemblée générale 2017

Samedi 25 mars 2017 à 10h00 s’est tenue au Pavillon de Grignan, l’assemblée générale des Amis du Vieil Istres. Malgré la pluie battante, les adhérents sont venus nombreux à ce rendez-vous annuel. De ce fait, le quorum était largement atteint pour ouvrir la séance et délibérer.

Cette année 2017 correspond au 70ème anniversaire de l’association. Le président Claude Herrera a rendu un hommage à tous les membres du CA et aux adhérents qui l’ont fait vivre depuis sa fondation, le 8 août 1947. Des fidèles qui participent passionnément à ses activités et nous témoignent ainsi leur attachement au patrimoine historique de la ville et de la région. René Giroussens, président d’honneur, a ensuite rendu un autre hommage aux adhérents disparus depuis la dernière AG.

Marc Suarez (secrétaire) a pris le relais pour nous lire le procès-verbal de l’assemblée 2016 et nous rappeler le bilan des activités de cette même année. Puis la trésorière Claude Teissier nous a présenté le bilan comptable 2016, un bilan approuvé et encensé par les auditeurs aux comptes pour sa parfaite tenue. Elle nous a ensuite exposé le budget prévisionnel de l’association pour l’année 2017.

Claude Herrera a repris le micro pour évoquer différents points de l’ordre du jour. Notons, l’entrée de Sébastien Avy dans le Conseil d’Administration. Ensuite, divers membres du CA ont pris la parole pour informer l’assistance qu’ils avaient des projets en cours pour relier des élèves des écoles d’Istres à l’histoire locale.

Une association d’histoire sans bulletin est appelée à disparaître. Ce qui n’est pas le cas des AVI. Aussi, c’est avec joie que le président aux côtés du maire, Mr François Bernardini et de Nicole Julia, première adjointe, a présenté à l’assistance la 39ème édition du bulletin annuel des Amis du Vieil Istres.

François Bernardini, maire d’Istres, Nicole Joulia, première adjointe et Claude Herrera? président des AVI, présentent aux adhérents le bulletin 39.

Enfin, pour fêter les 70 ans de l’association, Claude Herrera a ensuite présenté le programme des Rencontres Historiques de 2017 qui seront animées par le célèbre groupe folklorique Lou Trelus et conclues par un gâteau d’anniversaire lors du vin d’honneur. Ce 70ème anniversaire sera également marqué par l’édition d’un bulletin hors-série sur les Grand Domaines Istréens de la Crau. Ce hors-série, gratuit pour les adhérents, sera remis en cours d’année ou avec le bulletin n°40 lors de l’AG 2018.

La matinée s’est terminée avec un apéritif d’honneur à l’attention de tous les adhérents.

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Les huiles essentielles, conférence de Guy Toscano

Pharmacien de Miramas, Guy Toscano a passionné l’assistance lors de sa conférence sur les huiles essentielles ce jeudi 23 mars 2017. Les plantes à huiles essentielles (HE) ont été utilisées depuis la plus haute antiquité. La découverte de leur distillation en Perse, se répandit ensuite dans tout le monde Arabe puis en Occident. Leur utilisation connut un vif succès pendant quelques siècles puis tomba en désuétude. Ce n’est qu’au début du XXème siècle que le chimiste René Maurice Gattefossé reconnut l’immense pouvoir des HE (rapidement guéri de brûlures à la main après l’avoir trempée dans un bain de lavande). L’aromathérapie moderne renait, confortée ensuite par les travaux des docteurs Jean Valnet, Pierre Franchomme et Daniel Penoël. Les HE sont alors parfaitement connues et surtout maîtrisées : composition, propriétés ainsi que les effets secondaires qui, suivant un emploi hasardeux, peuvent s’avérer néfastes voire dangereux. Grace à ces travaux, les HE prennent alors le formidable essor que l’on connait aujourd’hui. Après ce bref historique, Guy Toscano nous a mis en garde sur les fraudes du commerce constituées d’eau et de parfum synthétique. Car l’HE doit être vendue en flacon teinté avec une étiquette comportant toutes les mentions obligatoires.

Guy Toscano, pharmacien de Miramas et expert en HE, remercié (à gauche) par
Robert Strozzi, membre des AVI.

La dernière partie était consacrée à toutes les propriétés curatives des HE. Les lister serait trop long dans cet article mais vous pouvez retrouver la panoplie complète de leur emploi et de leurs propriétés curatives dans le bulletin n°32 des Amis du Vieil Istres, paru en mars 2010. Citons malgré tout quelques exemples sur des plantes incontournables qu’il faut souvent mélanger à d’autres pour un meilleur résultat mais là, c’est le travail du pharmacien ou du laboratoire :

Le thym Thujanol régénère les cellules hépatiques, la lavande aspic apaise immédiatement les piqûres alors que l’officinale reste la meilleure pour calmer le stress. L’estragon prévient des allergies. D’origine malgache, la ravintsara est la meilleure contre toute affection virale telle la grippe. Quant à l’immortelle (plante présente autour d’Istres), associée à l’eucalyptus citronné et à la gaultheria, elle devient le best-seller pour oublier les tendinites.

Bref, des solutions efficaces et naturelles pour soigner de nombreuses affections.

Prochaine conférence : les AVI vous donnent RDV le jeudi 6 avril, à 18h00 (Espace 233, CEC) avec Robert Strozzi qui nous présentera Le Milieu marseillais des années 30 à la Collaboration.

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Sortie Salses-Tautavel

Des places sont encore disponibles pour la sortie du samedi 20 mai (journée entière). Elle inclut la forteresse de Salses (le matin) et le célèbre musée de la préhistoire à Tautavel (l’après-midi). Le repas de midi est pris dans un restaurant réservé de Tautavel.

Prix par personne : 50 euros comprenant le car, les visites et le repas de midi à Tautavel.

Départ du car le samedi 20 mai à 7h00 précises, place Sainte-Catherine.

Détails et infos pour l’inscription : Mme Huguette Giroussens, tel : 04 42 55 12 91.

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La sortie au Château Borely

Ce samedi 18 mars 2017, 46 Amis du Vieil Istres ont visité le château Borely à Marseille. Joseph Borely, premier échevin de Marseille, a d’abord acheté différentes terres au quartier Bonneveine sur lesquelles son fils Louis (1692-1768), riche négociant, construit un château avec l’ambition que celui-ci surclasse toutes les autres propriétés marseillaises. Les plans dressés par Louis Clérisseau, architecte en vogue de l’époque, sont revus par l’architecte local Esprit Brun qui réalise les travaux sous la houlette de Louis Joseph Denis Borely (1731-1784), fils de Louis. La décoration intérieure est confiée au peintre Louis Chaix (1744-1811) et le résultat laisse alors admiratif tous les visiteurs et hôtes de la noblesse, Europe incluse.

Les Amis du Vieil Istres dans la salle réservée à l’Art Nouveau (fin XIXème-début XXème siècle) et à l’Art Déco qui remplaça le précédent vers 1910.

Nièce de Louis Joseph Denis, Louise Jeanne Marie Borely (1774-1831) hérite et se marie avec le comte Pierre Léandre Mark Tripoli de Panisse Passis. Leur fils Gaston Marquis de Panisse-Passis (1807-1891) revend alors le château à l’industriel Paulin Talabot (1799-1885) qui le cède ensuite à la ville de Marseille. La municipalité crée en 1860 l’hippodrome Borely sur une partie de la propriété. Le château est alors transformé en musée archéologique. Mais en 1989, ce musée déménage à la Vieille Charité. Le château reste abandonné jusqu’à sa restauration décidée dans le cadre Marseille Provence 2013. Il rouvre ses portes en juin de cette année-là. Il abrite désormais le musée des arts décoratifs, de la faïence et de la mode avec une sélection de 2500 œuvres d’une grande diversité de techniques : mobilier, céramiques, verres, tapisseries, objets d’art, objets exotiques rares, collections de mode et d’accessoires du XVIIIème siècle à aujourd’hui.

Pour voir un aperçu de cette immense collection ainsi que des images du parc et du château, cliquez sur le pavé ci-dessous :
Photo souvenir devant l’entrée est du château Borely.

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Conférence sur le foin de Crau

Directeur du Comité du foin de Crau (créé en 1977), l’agriculteur Didier Tronc a inauguré la première conférence de l’année 2017, organisée par les Amis du Vieil Istres. Une conférence sur la trilogie de la Crau : l’eau, les moutons et les prairies.

L’eau avec bien sûr Adam de Craponne ayant construit le canal sans qui les prairies n’existeraient pas. C’était au XVIème siècle, époque où les coussouls n’étaient voués qu’au pâturage ovin depuis 3000 avant JC. Depuis 1907, la Commission Exécutive de la Durance gère la répartition de l’eau de cette précieuse rivière entre agriculture, EDF et Tourisme. Des syndicats gèrent ensuite la répartition locale de l’irrigation entre les vastes domaines agricoles et les particuliers. 25% de l’irrigation alimente les prairies, le reste retourne vers le réseau mais une grande partie alimente la nappe phréatique par infiltration. Celle-ci n’est pas inépuisable car son niveau dépend désormais du maintien de la culture du foin de Crau. La nappe est ainsi devenue l’une des plus importantes de France, desservant 270 000 habitants répartis sur une dizaine de communes. L’irrigation d’1 hectare de prairies permet aujourd’hui d’alimenter 200 habitants environ.

Aujourd’hui, la Crau comprend 13500 ha de prairies, 11600 ha de coussouls et 4000 ha de vergers. Afin de préserver les coussouls qui hébergent des espèces protégées (flore, faune) uniques, beaucoup de personnes se sont insurgées contre les agriculteurs orientés vers la culture fruitière. Ainsi la Crau s’est vue protégée par divers organismes (Natura 2000 …) et par la création de diverses zones (ZPS pour les oiseaux en 2007 sur 39150 ha) et RNCC (réserve naturelle sur 7600 ha en 2001) entre autres.

Didier Tronc a passionné l’assistance durant 1h30 et reçoit un cadeau bien mérité de Claude Teissier, trésorière des Amis du Vieil Istres.

Le foin de Crau s’est développé à la fin du XVIIème siècle. Sa réputation a impliqué la création de syndicats agricoles (1894, 1924), un périmètre de cultures (en 1941), l’intégration de négociants (1947), un label créé par le ministère de l’agriculture (1948). Suite à des fraudes, il obtient un label d’origine judiciaire (1958) puis l’AOP (1997) et l’AOC (1999). Mais suite à des lois européennes, il est redevenu AOP en 2015. Il reste néanmoins la seule espèce protégée en France où il est vendu presque de partout mais il est également exporté en Europe et dans les Emirats (pour les chevaux). 3 coupes sont effectuées : en mai (la plus riche en graminées, destinée surtout aux chevaux et bovins), en juillet (riche en légumineuses, destinée aux vaches laitières) et en septembre (la moins importante en quantité, destinée aux chèvres et brebis).

Après ces 3 coupes, la 4ème est effectuée d’octobre à janvier par les ovins, lors de retour de la transhumance alpine. Les moutons paissent ensuite dans les coussouls de février à juin jusqu’à leur départ pour les Alpes (la flore des coussouls n’étant pas prête au pâturage avant la mi-janvier). Ainsi, les Crau humide (cultivée) et sèche (coussouls) ont trouvé leur équilibre. Un équilibre où la traditon pastorale se conjugue avec la culture du foin de Crau tout en maintenant (grâce à l’irrigation) le niveau si important de la nappe phréatique …

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Les Rencontres Historiques 2016

L’orage matinal n’a pas découragé le public des Rencontres Historiques 2016. Professeur d’histoire-géo, Hubert Gay a inauguré la première conférence en retraçant l’histoire journalière du XVème Corps d’Armée regroupant les soldats provençaux de la Grande Guerre lors de la défaite controversée de l’été 1914. Des soldats provençaux faussement accusés de lâcheté mais ensuite réhabilités. A Istres, un rond-point de la zone du Tubé leurs rend hommage. Après la faillite de Joseph Vert, négociant de Saint Rémy par l’historien Félix Laffe, Frédéric d’Agay nous a mis en appétit avec les plats de la cuisine provençale des siècles précédents. L’après-midi, Jacques Lemaire, président des Amis du Vieux Saint-Chamas, nous a maintenu en haleine avec les travailleurs indochinois de la poudrerie de Saint-Chamas. Cette conférence a été suivie de celle de Jean Chausserie-Laprée, archéologue de la ville de Martigues, venu nous livrer les derniers résultats des fouilles mitoyennes au lycée Paul Langevin qui ont permis de certifier le véritable emplacement de Maritima Avaticorum, ancienne capitale des gaulois Avatiques de l’étang de Berre. Enfin, Christian Giroussens a clôturé les débats en apportant des précisions notoires sur Paul Ferouil de Montgaillard, l’aéronaute décédé à Istres et qui avait traversé les lignes prussiennes lors du siège de Paris en 1870-1871. Si celui-ci avait déjà fait l’objet d’un article publié dans le bulletin n°30 des AVI, vous pourrez retrouver les 5 autres conférences dans le prochain bulletin des des Amis du Vieil Istres (n°39, à paraître mars 2017).
LES RENCONTRES HISTORIQUES 2016 EN IMAGES :
Christian Giroussens lors de sa conférence sur Paul de Montgaillard.

Photo souvenir dans le hall de l’espace 233 avec quelques conférenciers, membres des AVI
et Nicole Joulia, 1ère adjointe.

L’archéologue martégal Jean Chausserie-Laprée et Robert Strozzi, membre des AVI.

Jacques Lemaire, président des Amis du Vieux Saint-Chamas et Robert Strozzi.

Max Fabre, vice-président des AVI, remercie Hubert Gay pour sa conférence sur le XVème Corps.

De gauche à droite : Claude Herrera, président des AVI et les 6 conférenciers : Félix Laffe, Hubert Gay, Christian Giroussens, Jacques Lemaire, Frédéric d’Agay et Jean Chausserie-Laprée.

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La fin des Bourbons et l’Italie Unifiée

En avril 2015, Jean Pane était venu nous présenter Naples au siècle des Lumières (XVIIIème siècle). La conférence s’achevait à la fin de ce siècle avec un retour triomphal à Naples de Ferdinand dit le Re Nasone qui retrouvait son Royaume et son peuple.

Ce mardi 19 mai 2016, Jean Pane est venu au CEC nous raconter la suite de l’histoire napolitaine (XIXème siècle). Une histoire qui commence mal pour les Bourbons. En effet, vainqueur à Austerlitz contre la coalition Russie-Autriche-Suède-Royaume Uni à laquelle Ferdinand s’était allié, Napoléon 1er envahit sans problème le Royaume de Naples en février 1806 puis installe son frère Joseph Bonaparte sur le trône. Celui-ci prend le nom de Joseph 1er et remplace Ferdinand qui se réfugie une nouvelle fois en Sicile.

Pendant ce temps commence à Naples le Decennio Francese (ou les 10 ans d’occupation française) avec l’abolition des privilèges, la suppression de certains ordres religieux ainsi que l’apparition de nouvelles taxes et lois proches du Code Civil qui écrasent l’ancienne législation bourbonienne. Naples se transforme. Sous l’influence de l’Empereur, Joseph 1er améliore la voirie grâce en 1809 à la création d’un Corps des Ponts et Chaussées. Puis survient de nouvelles institutions culturelles et scientifiques comme le jardin botanique (commencé en 1807) et l’observatoire astronomique de Capodimonte (fondé en 1812 par le nouveau roi Joachim Murat).

Car dès 1808, Joseph 1er n’a pu refuser le titre de Roi d’Espagne. Il est alors remplacé par Joachim Murat, marié avec Caroline, sœur de Napoléon. Celui-ci vaillant militaire et officier de cavalerie, reprend Capri aux anglais mais en 1810, la conquête de la Sicile échoue et l’île reste aux mains des Bourbons. Murat est une girouette. Après s’être allié avec l’Autriche contre Napoléon (afin de conserver son trône napolitain), il attaque l’Autriche lors du retour de Bonaparte de l’île d’Elbe (1815). Une cuisante défaite qui l’oblige à quitter Naples pour la Provence puis la Corse après Waterloo. Voulant reconquérir son royaume, Ferdinand aura le dernier mot et fera exécuter Murat.

Ferdinand, seconde fois roi de Naples, prend le nom de Ferdinand 1er des Deux Siciles. Il rénove le théâtre San Carlo (incendié malencontreusement) et pour assoir sa position royale, il fait construire la Basilique San Francesco di Paola (terminée en 1824 et consacrée en 1836 par le Pape Grégoire XVI). L’Autriche, garante de l’ordre en Italie, doit assister militairement Ferdinand malmené par des révoltes locales ainsi qu’en Sicile. En 1825, après le décès de Ferdinand, son fils ainé François 1er lui succède. Son règne sera court : 5 ans !

A gauche : Ferdinand Ier dit le Re Nasone (1751-1825), roi des Deux Siciles. Au centre : Giuseppe Garibaldi (1807-1882) en chemise rouge. A droite : Ferdinand II dit le Re Bomba (1810-1859), petit-fils de Ferdinand Ier.

C’est donc en 1830 que son fils Ferdinand II (dit le Re-Bomba) occupe le trône de Naples, position qu’il conservera jusqu’en 1859. Son surnom provient du fait qu’il a fait bombarder Messine le 7 septembre 1848. Car Ferdinand II est hostile et sans pitié à toute répression. Cependant, il embellit Naples par de superbes villas et l’industrialise (mines de fer, centre sidérurgique) servant à l’industrie d’armement et à la construction de la première ligne ferroviaire Naples-Portici. Mais le roi n’oublie pas sa sécurité lorsqu’il fait creuser en 1853 sous le Mont Echia, le tunnel Borbonnico (430m) pour permettre à la famille royale de prendre la fuite en cas d‘émeutes. Ferdinand décède en 1859 d’une septicémie. Elle est consécutive à des blessures mal guéries lors d’un attentat survenu 3 ans plus tôt.

Son fils Franceschiello (dit le Petit François, surnom affectueux) lui succède. L’année du sacre, il épouse Marie-Sophie de Bavière, sœur de l’impératrice Elisabeth (dite Sissi et popularisée par Romy Schneider au cinéma). Malade et piètre souverain, il ne reste qu’une année sur le trône.

En 1860, le royaume des deux Siciles est envahi par les Chemises Rouge de Giuseppe Garibaldi qui va mettre un terme, après maintes batailles, au règne des Bourbons. Il aura duré 126 ans. Après un référendum, le Royaume des Deux Siciles est annexé au Royaume d’Italie. L’Italie est réunifiée ? Presque car pour Garibaldi, l’Italie le sera vraiment lorsque le Latium et Rome, appartenant au Pape Pie IX seront annexés. De nouveaux combats commencent mais l’honneur revient au marquis Emilio Pallavicini di Priola (1823-1901) qui met fin à l’expédition de Garibaldi en août 1862. Garibaldi blessé, est emprisonné puis amnistié sur les conseils de Napoléon III. Huit ans plus tard, les troupes du général Rafarle Cadorna réussissent leur entrée triomphale dans Rome (septembre 1870). Et le 30 Juin 1871, Rome devient la capitale d’une Italie enfin unifiée.

Cependant, cette nouvelle Italie unifiée va rester divisée dans les esprits et dans les faits. Le nord riche par son industrie va longtemps narguer le sud plutôt pauvre, délaissé et contraint au chômage tout en étant gangréné par la Camorra à Naples et la Mafia en Sicile. Des moqueries, affronts et injures qui se sont même frayés un chemin dans le sport. En football notamment. Lorsque le SSC Naples se déplaçait à San Siro (stade fétiche de du Milan AC et de l’Inter de Milan), les tifosi milanais humiliaient les napolitains en brandissant des banderoles : Bienvenue en Italie ! Quel mépris pour le sud, une terre de culture où se sont développées les civilisations grecques et romaines à la base de notre identité européenne.

Ainsi s’achevait la magnifique conférence de Jean Pane qui nous recommandait le livre et le film Le Guépard (avec Burt Lancaster, Alain Delon et Claudia Cardinale dans les rôles principaux). Une conférence étoffée d’une multitude de détails, volontairement omis dans ce résumé mais que vous pourrez retrouver au complet dans le prochain bulletin des Amis du Vieil Istres (mars 2017) … Patience !

Jean Pane à droite remercié en fin de conférence par Robert Strozzi.

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