La conférence de Bernard Mille

Jeudi 28 avril 2022, à l’auditorium André Noël, Bernard Mille, vice-président de l’Académie d’Aix-en-Provence, nous a offert la cinquième conférence de l’année organisée par les Amis du Vieil Istres. Le thème portait sur un personnage célèbre : Machiavel.

Qui ne connait pas le terme machiavélique (rusé, perfide, astucieux, diabolique … selon nos dictionnaires) ? Un adjectif qui provient de Nicolas Machiavel (1469-1527) humaniste florentin, théoricien de la politique, de l’histoire et de la guerre mais aussi poète et dramaturge.

Bernard Mille nous a d’abord présenté l’histoire de ce personnage haut en couleurs, né le 3 mai 1469 à Florence. Il a débuté sa carrière politique en 1498, date où il est nommé secrétaire général à la seconde chancellerie. En 1513, impliqué dans une conjuration contre les Médicis, il est emprisonné et torturé. Mais le pape Leon X l’amnistie. Machiavel se retire alors chez la famille Rucellai.

Machiavel a écrit deux pièces de théâtre (la Clizzia et Mandragore). Mais ce philosophe est surtout célèbre pour ses écrits politiques et ses prises de position. Il était anticlérical et républicain par l’esprit (bien qu’ayant servi des ducs et des rois). Au sujet des femmes, il les considérait comme un danger dans la maison, causant la ruine d’un Etat et menant un gouvernement à sa perte ! Ses œuvres majeures sont cependant entrées dans l’histoire : L’art de la guerre, le Prince, Discours sur la première décade de Tite-Live, Histoires florentines

Machiavel voyait la politique comme des faits ayant des causes et des conséquences sans lien avec la morale chrétienne. Quelques extraits de ses textes : Il faut ruser pour tromper l’esprit des hommes … Un homme ne peut être grand que s’il dépasse la loyauté des autres … L’Etat doit avoir une solide organisation intérieure, avec des lois pourvues à tout et une milice autonome efficace … Il savoir être méchant pour être craint et faire le mal si nécessaire.

Dans ses textes, l’auteur dévoile son style et l’originalité de son personnage : des constructions logiques, des analyses très fines révélant des détails très riches et un don particulier pour l’observation. Ses récits sont vivaces et réalistes. Mais Machiavel est toujours resté modeste quand il parlait de lui.

Nicolas Machiavel nous a quitté le 22 juin 1527 à la suite de douleurs de ventre survenues deux jours auparavant. Les œuvres ambiguës de ce haut fonctionnaire déchu ont cependant révolutionné le monde politique. Elles ont laissé des traces ineffaçables qui ont inspiré les générations suivantes et même les actuelles.

Bernard Mille remercié en fin de conférence par
René Giroussens, président d‘honneur des Amis du Vieil Istres.

Prochaines conférences : rendez-vous le samedi 1er octobre 2022 à 9h00 à l’Espace 233 (CEC) pour les 30e Rencontres historiques. Quatre conférences vous seront proposées (deux le matin et deux l’après-midi). Le détail de cette journée vous sera dévoilé au cours de l’été.

La conférence de Christian Bruschi

Jeudi 7 avril 2022, à l’auditorium Charles Aznavour, Christian Bruschi, professeur émérite d’histoire du droit et des institutions à l’Université Aix-Marseille, nous a offert la quatrième conférence de l’année organisée par les Amis du Vieil Istres : Le Parlement de Provence au XVIIIe siècle face au roi absolu et aux Lumières.

En 1487, le comté de Provence rejoint le royaume de France. Mais ce n’est qu’en 1501 que Louis XII établit à Aix un Parlement (l’endroit où l’on parle), soit une Cour de justice qui statuait le plus souvent en dernière instance. Dans ces Parlements (Provinces et Paris), les membres n’étaient pas élus mais nommés par le roi. Ils étaient chargés d’appliquer les ordonnances royales après un enregistrement officiel. Mais, parfois, lors de désaccords, ces enregistrements tardaient. Ils étaient alors soumis à des critiques qui repoussaient l’application de ces lois royales de plusieurs années. Le monarque avait dans tous les cas le dernier mot.

On connait l’adage, un peu caricatural : le Mistral, le Parlement et la Durance sont les trois fléaux de la Provence … Mais Christian Bruschi nous a cependant présenté un Parlement de Provence plutôt prudent et réservé, préférant la conciliation à l’opposition. Au XVIIIe siècle, les divers arrêts du Parlement démontrent qu’il ne s’est pas vraiment ouvert aux Lumières et aux idées nouvelles à l’exception du domaine économique où il a plutôt favorisé le libéralisme naissant.

Un Parlement modéré certes mais qui a su parfois prendre parti, notamment avec une majorité de Gallicans dans ses membres qui ne reconnaissaient pas la pleine autorité du Pape sur l’Eglise. Le Parlement d’Aix a par exemple prôné la sécularisation de l’enseignement et interdit la Compagnie des Jésuites en Provence. Côté pénal, dans ses jugements et instructions, le Parlement de Provence était réticent à l’idée de l’intime conviction. Il ne connaissait que la théorie des preuves légales pour annoncer un verdict. Pour cela, il avait recours à la torture pour faire avouer les suspects, un supplice pourtant aboli par Louis XVI.

Les Parlements de Paris et de Province ont été affaiblis et certains dissous sous Louis XV. Mais dans un but de réconciliation, Louis XVI les a rétablis. Eclaboussé par divers scandales, celui de Provence a vécu pitoyablement ses dernières années avant d’être définitivement, supprimé lors de la Révolution.

Christian Bruschi remercié en fin de conférence par Chantal Husson.

Prochaine conférence : jeudi 28 avril 2022, 18h00 à l’auditorium André Noël : Machiavel par Bernard Mille, vice-président de l’Académie d’Aix-en-Provence.

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La sortie dans le Gard

Samedi 2 avril 2022, 34 Amis du Vieil Istres ont bravé le retour du froid pour prendre le car à 07h30, au bas de l’esplanade Bernardin Laugier. Un car qui les a emmenés dans le Gard pour la visite de deux musées : celui du Désert (le matin à Mialet) et celui du Scribe (l’après-midi à Saint-Christol-lez-Ales).

Les 15 salles du musée du Désert prennent place dans le mas Soubeyran, soit la maison natale du chef camisard Pierre Laporte (1680-1704) dit Rolland. Ce musée comporte des pièces et des documents authentiques qui retracent l’histoire des protestants en France et dans la région cévenole. En effet, suite à la Réforme et à la croissance des églises réformées (la première à Paris en 1555), les protestants sont déclarés hérétiques. Ce qui a engendré de sanglantes guerres de religion (dont le célèbre massacre de la Saint-Barthélemy) de 1562 jusqu’à la promulgation de l’édit de Nantes en 1598 par Henri IV. Un édit qui accorda enfin la liberté de culte ainsi que des droits civiques et politiques aux protestants. Mais Louis XIV le révoqua via l’édit de Fontainebleau en 1685. Les protestants devaient alors se convertir au catholicisme sous peine de répression. Ce qui déclencha de nouveaux conflits sanglants entre ces deux cultes religieux jusqu’en 1787, date où Louis XVI promulgua un nouvel édit de tolérance à Versailles.

Photo souvenir devant l’entrée du musée du Désert.

 

Le musée du Désert fait revivre cette longue période houleuse où les protestants ont été persécutés. Ainsi de nombreux documents attestent le passé huguenot avec la Réforme, les guerres de religion, les différents édits royaux, la période du Désert (1685-1787, avec notamment les assemblées clandestines réunissant les protestants dans des lieux secrets et hors-des sentiers battus), la guerre des camisards, la résistance pacifique de certains chefs de file, l’histoire des fugitifs réfugiés à l’étranger, celle des galériens et des prisonniers … Bref, la vie quotidienne dans la clandestinité des huguenots et la longue marche vers la liberté de conscience.

Pendant la visite (salle de la Réforme).

 

Autour du thème principal, le musée du Désert présente également un mobilier cévenol, des objets familiers du XVIIIe siècle, la reconstitution d’une veillée cévenole, des armes et des cartes de la guerre des Cévennes, les cachettes des hommes traqués et des livres interdits, les affiches du pouvoir royal, des chaires et des coupes de la Sainte Cène, des actes de naissance et de mariage au Désert, un ensemble remarquable de Bibles ainsi qu’une importante collection de gravures et de tableaux illustrant l’histoire et la répression protestante dans les Cévennes.

Photo souvenir devant l’entrée du musée du Scribe.

 

Après le repas de midi au restaurant Le Clos du Mûrier à Générargues (où l’andouillette maison cuite au feu de bois était excellente …), l’après-midi était consacrée à la visite du musée du Scribe, situé au cœur du vieux village. Il prend place dans une partie des anciennes dépendances du château central (XVIIe siècle) de la commune. Sa restauration sert aujourd’hui d’écrin à une collection complète sur l’écriture. Ce musée est né en 1991 grâce à Jean-Louis Bonnefille, un collectionneur qui a rassemblé pendant 50 ans des milliers d’objets liés à l’écriture.

Environ huit salles s’étendent sur 450 m2 et sur deux étages. Les collections retracent l’histoire de l’écriture, ses différents supports (jusqu’au papier recyclé), les encres, les encriers les instruments d’écriture … La dernière salle reconstitue une salle de classe des années 1920.

Pendant la visite dans la salle des encriers avec un audio-guide collé à l’oreille.

 

Pour en savoir plus sur la visite des musées du Désert et du Scribe, cliquez sur les pavés ci-dessous :

Prochaine sortie : samedi 21 mai 2022, journée complète à Montélimar (Drôme) avec entre autres les visites du centre historique, d’une fabrique de nougat et du musée européen de l’aviation de chasse (inscriptions avant le 14 mai 2022).

La conférence de Bernard Ravet

Se mobiliser pour une jeunesse en marge de la République était le thème de la conférence organisée par les Amis du Vieil Istres ce jeudi 31 mars à l’auditorium André Noël.

Aujourd’hui retraité, écrivain et président de la commission Éducation de la LICRA (Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme), le conférencier Bernard Ravet a su concentrer son thème à partir de ses expériences vécues dans l’Education nationale. En effet, il a dirigé de 1984 à 1989 le Centre de Production de Média d’Istres, hébergé par CETEB (aujourd’hui LEP Latécoère), après avoir dirigé le Centre Départemental de Documentation Pédagogique des Bouches-du-Rhône. En 1999, il est devenu Principal de collège. D’abord au collège Edouard Manet (quartiers nord de Marseille) puis au collège Versailles (centre-ville de Marseille).

Dans ces deux collèges phocéens, il a vécu la montée de l’intégrisme religieux où la parole de l’élève est devenue supérieure à celle de l’enseignant. Bernard Ravet a bien sûr souligné la différence entre l’Islam et l’Islamisme, ce dernier intégrant la politique à la religion en suivant un parcours contraire aux valeurs laïques de la République. Une République qui perd de plus en plus de territoires via une jeunesse marginalisée qui intègre son propre système au détriment des lois françaises.

Bernard Ravet nous a offert plusieurs exemples. En voici un qui en dit long lorsqu’en 2004, des élèves de 5ème interpellent leur professeur pendant un cours sur la justice : Ce n’est pas normal, on doit couper la main à un voleur et lapider une femme infidèle … Ces élèves (parmi les mieux notées de la classe) étaient manipulés par un surveillant qui faisait circuler un petit livre au sein du collège, un ouvrage pourtant interdit en France et imprimé en Arabie Saoudite.

Bernard Ravet.

Ces faits, souvent violents, transforment la loi de 1905 sur la laïcité (séparation de l’Eglise de l’Etat) où, en ce début du XXe siècle, la religion est passée dans la sphère du privé. Une loi de liberté se convertissant progressivement en loi liberticide et mettant de plus en plus à distance les valeurs de la République avec une marginalisation qui s’étend à des enfants non concernés. Des enfants évoluant dans des quartiers difficiles, abandonnés par l’Etat où la structure sociale a été remplacée par des règles locales hors des lois de l’hexagone.

Bernard Ravet reste amer envers les politiques qui ont refusé de voir et laissé faire pour de basses raisons électorales. Selon lui, les enfants sont victimes de carence éducative. Il reste de ce fait du travail à faire par l’Etat sur la protection de l’enfance, y compris dans les associations qui sont souvent des filiales religieuses sans contrôle. Il faut également renforcer la protection de l’enfance dans un cadre juridique.

Prochaine conférence : jeudi 7 avril 2022, 18h00 à l’auditorium Charles Aznavour (derrière le gymnase Le Podium) : Le Parlement de Provence au XVIIIe siècle face au roi absolu et aux Lumières par Christian Bruschi, professeur émérite d’histoire du droit et des institutions à l’Université Aix-Marseille.