LE PATRIMOINE ISTREEN

SOMMAIRE

1. Le Vieil Istres.

Les premiers istréens ont habité les collines entourant l’olive du centre ancien : les magdaléniens à l’Abri Cornille, les chasséens au Miouvin et les gallo-romains au Castellan pour les principaux sites. Il est probable mais trop tard pour savoir si Cro-Magnon ou quelques gaulois ont été séduits par cette colline. Les premières traces remontent au Xème siècle avec la construction du château médiéval et de sa chapelle mitoyenne qui deviendra Notre Dame de Beauvoir. C’est autour de cet édifice que se sont alors bâtis les premières maisons, protégés par une enceinte de remparts d’1 mètre d’épaisseur et haute d’environ 8 mètres sans oublier les 5 tours de guet. Jusqu’au XVIIIème les ruelles seront modifiées, réajustées et les maisons vieillissantes rénovées, détruites ou reconstruites. Deux portes permettaient l’accès : la porte basse (d’Arles aujourd’hui avec un pont-levis encore signalé au XVIème siècle) et la porte donnant l’accès à la place de la Mairie par l’actuelle rue Alphonse Daudet. Une troisième porte (à la rue du Portail Neuf) s’ouvrira au XVIIIème siècle ainsi que d’autres ouvertures pour en terminer avec les culs-de-sac (passage des escaliers de la grille menant au cours, rue de la Salpétrière, escaliers vers le boulevard Paul Painlevé …). Les remparts dégradés par le vol de pierres seront déposés au cours du XIXème siècle.

Au centre : Un lion (symbole de puissance) dans la rue Torte. Divers mascarons figurent encore au-dessus de certaines portes d’entrée
(souvent des génies censés effrayer les mauvais esprits afin qu’ils ne pénètrent pas dans la demeure). A côté : la main sculptée
(vers 1850) sur la rampe d’escaliers de la rue de la Cure. Aux extrémités, on peut encore observer des niches supportant des
Vierge Marie : sur le bâtiment du centre d’art contemporain, rue Alphonse Daudet (à gauche)
et sur la place José Coto (à droite).


Beaucoup d’écussons taillés dans la pierre au-dessus des portes d’entrée ont eux aussi subi quelques méfaits durant la Révolution, période où il fallait supprimer toute trace de féodalité et de royauté. Mais les archives ont parlé. On retiendra principalement que la rue Alfred Courbon abritait l’ancien Hôtel de Ville, constitué de trois pièces dont une servait de prison. La porte d’entrée est datée de 1507. Cette mairie fut transférée en 1830 dans l’ancienne maison de la famille Amphoux de Belleval à l’angle boulevard de la République et de la rue Alphonse Daudet. Cette dernière présente au n°21 une maison restaurée sous le 1er Empire avec une façade décorée de pilastres d’architecture grecque (dorique, ionique et corinthien) alors que le n°2 accueille depuis 1993 le Centre d’Art Contemporain dans un hôtel particulier de style Louis XV. La rue du Vieux Four est sans surprise puisqu’on peut constater les vestiges d’un four daté de 1634. Ce n’est pas le seul endroit car sur la Place Joseph Bonjean, on distingue plus nettement sur les murs les traces d’un autre four et d’un ancien moulin à huile (parmi les 7 qui existaient avant la Révolution). Dans la rue du Portail neuf se situe un hôtel particulier du XVIIème qui a abrité jusqu’en 1987, le musée du Vieil Istres, et aujourd’hui les réserves du Musée. La gravure sur la porte d’entrée indique l’année 1647. La place Léon Julien n’est autre que l’emplacement de l’ancien château féodal alors qu’en haut de la rue neuve se trouve une maison seigneuriale du XVème siècle, reconnaissable à son arceau d’entrée. Quant à la rue de la Cure, elle nous offre sur sa rampe d’escaliers, une main sculptée en fonte datée du XIXème siècle. Enfin, le n°8 de la rue Justin Beaucaire, habitaient les parents du célèbre maire Félix Gouin. Sur l’initiative des AVI, de l’Office du Tourisme et d’anciens élus municipaux, une plaque commémorative a été posée au-dessus de la fenêtre.

De gauche à droite, trois porte d’entrée : Traverse des Fabre, centre d’art contemporain rue Alphonse Daudet (époque Louis XV) et
l’entrée du premier musée des Amis du Vieil Istres, datée de 1647 (il abrite aujourd’hui les réserves).


La maison curiale (rue de la Cure) et l’entrée d’une maison seigneuriale (rue Neuve).


Notre Dame de Beauvoir. Il y eu tout d’abord une chapelle liée au château seigneurial construit au sommet du centre ancien avant l’apparition au XIIème siècle de cette église romane qui engloba certainement la chapelle primitive. Une Sainte Marie apparait pour la première fois en 1186 : ecclesiam Sancte Marie puis comme paroisse dans des textes de 1285 (ecclesiae beatae Mariae parochialis de Istrio). Elle changea ensuite d’appellation à partir du XVème siècle (ecclesia beate Marie de bellovisu en 1420). D’où ses surnoms de Belveyre, Beauvezer et Beauvoir, des synonymes en fait. L’emplacement haut perché de Notre Dame offre un panorama depuis lequel il fait beau … voir … alors que le belveyre est une forme d’ancien français précédant notre belvédère moderne. Notre chère Dame a subi à maintes reprises les caprices du temps, de la météo et de ses gestionnaires. Ce qui impliqua divers agrandissements et restaurations. La nef écroulée en 1708 fut reconstruite dans un style architectural plus Renaissance en 1720. Puis l’église fut pillée et abandonnée pendant la Révolution. Rénovée, le clocher, déjà frappé plusieurs fois par la foudre en 1788 et 1831, s’écroula en 1835, un accident qui fit cinq victimes. Trois années plus tard, fut érigé le clocher actuel, à l’est du précédent. Puis le bâtiment fut ébranlé en 1909 par le tremblement de terre de Lambesc avant d’être de nouveau secoué par l’explosion du dépôt de munitions de Baussenq (en Crau) en 1918. Puis ce fut les dommages de guerre avec une toiture entièrement à refaire au début des années 50 : les allemands avaient installé pendant leur occupation de la base, un observatoire anti-aérien. L’usure du temps persistait toujours pour ce joyau inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis le 14 octobre 1997. En 1966, l’autel fut remplacé en pierre de Rognes. A partir de 2011, façades, parvis ainsi que 1000 m² de toiture ont dû être restaurés dans le cadre du Grand Istres pour préserver ce patrimoine historique. L’église possède une orgue achetée en 1843 au chanoine Guielmy d’Arles et provient probablement de l’ancien couvent dominicain de Tarascon. Elle a été restaurée en 1976. L’intérieur de l’église abrite des objets classés monuments historiques depuis 1969 : un bénitier en pierre décoré d’écus (XVème siècle marqué aux initiales GD, probablement Guillaume Dedons), une niche des fonds baptismaux (XVIème siècle), une vierge à l’enfant en bois doré (XVIIème siècle) et un Christ en croix du XVIème siècle. Notre Dame de Beauvoir est inscrite au titre des Monuments Historiques. A gauche, face à l’église se situe une placette où se trouvait la chapelle des Pénitents Blancs, rasée après la seconde guerre mondiale.

Notre Dame de Beauvoir. A gauche : sur le parvis de l’église, la croix a été installé le 3 mai 1843 par les pénitents blancs
(fête de l’invention de la Sainte Croix). Au centre : la vierge Marie, gardienne de l’édifice et qui a baptisé les cloches.
Une plaque est posée sur le socle et sur laquelle est écrit :1658. Les habitants d’Istres par les soins de Mr Tisserant,
curé de la paroisse. Saint Etienne reste cependant le patron de la ville.

Notre Dame de Beauvoir. A droite, le pigeonnier qui devait être un donjon seigneurial.


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2. Les édifices.

La chapelle Saint Etienne. La date exacte de sa construction est inconnue. Elle apparaît pour la première fois dans des textes du début du XIème siècle sous le nom d’ecclesiam de Vulturno … à moins que cette appellation ne s’adresse qu’à sa consœur : la chapelle Saint Michel perchée une vingtaine de mètres plus haut. En 1887, l’archéologue Isidore Gilles (1808-1900) signalait des dalles portant des traces de décorations carolingiennes, ce qui daterait l’édifice du VIIIème siècle. Ce carrelage a pu être mis à jour récemment lors de la restauration de la chapelle avec deux tombes inconnues à l’ouest du site. Cette église renfermait quatre chapelles en forme d’ogive, vouées à des cultes différents, dont l’ancienneté ne remonterait pas au-delà du XVème siècle. En 1744, lune de ces chapelles était consacrée à Saint Symphorien. En parallèle de ses activités paroissiales, elle abrita deux siècles plus tard un ermitage permanent. Lors d’une vente en 1796, le site était décrit entouré de cultures, d’élevages et comportant une écurie. Ce qui devait occuper à plein temps l’ermite entre ses prières. Les consuls de la ville qui avaient autorisé sa solitude, lui offraient un costume neuf tous les trois ans en remerciement …

Pourtant, une autre procession avait lieu le 22 août, fête de la Saint Symphorien, pour demander la pluie et l’abondance des cultures. C’était le roumavage (dit aussi roumavadgi), un nom qui combine deux autres termes provençaux : rouma (romain) et viagi (voyage). Anciennement attribué aux pèlerinages chrétiens à Rome, il a désigné ensuite la fête paroissiale et le lieu où les habitants se déplaçaient pour invoquer leur élu. Saint Symphorien était celui à qui on adressait ses prières aux chapelles Saint Etienne et Saint Sulpice, tous les 22 août pour commander la pluie et autre chavano. Pour la Saint Symphorien, la fête champêtre qui suivait les offices religieux du pèlerinage, se nommait la Recampado (du provençal recampa : se réunir, donner l’hospitalité). Depuis 1980, cette fête a été relancée par l’Escolo dis Arnaveu pour le 150ème anniversaire de la naissance de Frédéric Mistral. L’association Saint Etienne Renaissance la perpétue aujourd’hui et tous les 22 aout dans un champ au bas de la chapelle. La soirée se passe sous la forme d’un repas champêtre sorti du sac. Ce pique-nique convivial est précédé d’un concert (qui remplace la chorale et les cantiques d’autrefois) et du pot de l’amitié.

En 1977, le toit de la chapelle vétuste s’effondre … S’en suit des pillages et des vols de pierres taillées … Au début des années 90, sa réhabilitation était jugée trop chère. On préféra s’orienter vers celle de la chapelle Saint Michel, moins onéreuse. Mais c’était sans compter sur Saint Etienne Renaissance, présidé par Denis Vargin. Cette association créée le 1er mai 2007 regroupe des bénévoles ayant pris à cœur la réhabilitation de la chapelle Saint Etienne. Depuis juillet 2006, date des premiers travaux, ils ont entrepris un véritable chemin de croix qui lui permettra de retrouver une fière allure, de renouer avec les traditions et peut être de trouver un nouvel emploi. La voûte a été confortée en 2008. Le 15 décembre 2012 a vu l’inauguration du mur de protection pour sécuriser la falaise sud ainsi que celle d’un escalier en pierres. L’ancien chemin d’accès est aujourd’hui occupé par des propriétés privées mais l’actuel mène à ces nouvelles marches qui permettent d’entrer par l’ouest de la chapelle comme autrefois au temps des processions. Un nouvel accès qui a été agrémenté en 2015 de 14 stèles commémorant la Passion du Christ et son chemin de croix. Puis, le 28 mai 2016, c’était l’inauguration du choeur fraîchement restauré. Pour en savoir plus, cliquez sur les pavés ci-dessous.

Les travaux de restauration de la chapelle ont été confiés à divers corps de métiers comme l’Art de Pierre, une société spécialisée dans la restauration du patrimoine et de la pierre taillée. La suite de ces travaux fastidieux n’est pas vraiment au point mort mais plutôt en attente de financement. Saint Etienne Renaissance avance pas à pas … un peu chaque année … soutenue par des dons bénévoles, les cotisations des adhérents et quelques mécènes comme le Rotary Club, le comité de jumelage de Radolfzell et la ville d’Istres au travers de l’inter-communauté d’Ouest Provence. Il est vrai que son état actuel demande un certain budget … 800000 euros pour une toiture entièrement couverte et 300000 pour une couverture partielle ainsi que des spécialistes pour respecter l’architecture initiale et sans béton. Les bénévoles ne peuvent tout faire mais la patience vient à bout de tout. En effet, la chapelle est sur la voie de la résurrection puisqu’en 2013, Monsieur Vincent Jouve, architecte des Bâtiments de France, a été nommé par Ouest Provence.


L’oratoire Saint Etienne. Ce bel oratoire daté de 1643 était initialement situé au pied des collines à quelques centaines de mètres où un glissement de terrain le mit en péril. Il fut sauvé par les Amis du Vieil Istres qui assurèrent son déménagement grâce aux finances du Rotary Club de Martigues. L’emplacement actuel a été inauguré le 13 juillet 1968. Le petit édifice supporte une statue de Saint Etienne montrant le martyr auréolé, les mains jointes levées vers le ciel, dans une ultime prière. Cette statue avait été sculptée par les Amis des Oratoires d’Aix en Provence puis offerte aux Amis du Vieil Istres. Saint Etienne est le patron de la ville d’Istres.


La chapelle Saint Etienne (en 2008) à gauche et la chapelle Saint Michel, à droite.


La chapelle Saint Michel. Les textes font là aussi défaut pour cette seconde chapelle rurale et sur laquelle il est difficile de poser une date. La population présente (recensée du IVème au VIIème siècle par un nombre important de céramiques) était certainement chrétienne. A-t-elle édifié une chapelle ? Et laquelle : Saint Etienne ou Saint Michel ? On ne peut se satisfaire que d’hypothèses comme celle l’archéologue Isidore Gilles, qui affirmait en 1887 que la chapelle Saint Etienne datait de l’époque carolingienne et que Saint Michel était antérieure à l’époque romane … Au-dessus de la porte d’entrée de la chapelle Saint Michel, une plaque commémorative la date du VIIIème siècle … mais les seules certitudes actuelles résident sur des textes du XIème siècle. Ils font apparaître ces deux édifices (ou simplement l’un des deux) sous le vocable église de Vulturne et celui adressé à la chapelle Saint Etienne sous l’écriture caminum Sancti Stefani dans un cartulaire de l’abbaye de Saint Victor.

La chapelle Saint Michel a été dédiée à un archange bien connu dont la traduction du mot hébreu mickaël signifie qui est semblable à Dieu. Mais malgré ce protecteur, elle n’a pu résister à l’usure du temps. Dans son Histoire Générale de la Provence, l’abbé Jean-Pierre Papon (1734-1803) la décrivait en 1777 en ruines. Il ne resta que les murs jusqu’à sa dernière restauration en 1989. Celle-ci fut prise en charge par une association de bénévoles, l’Estevenoun. Pour réunir les fonds nécessaires, son président René Prola coopéra avec quelques mécènes comme le Rotary Club et le Lions Club ainsi que diverses associations istréennes, toutes bénévoles. L’inauguration en présence de personnalités s’est déroulée le 23 juin 1993 à l’occasion de la fête de la Saint Jean. Le curé Abdon Donain, initiateur du projet, célébra une messe de bénédiction. C’est toujours le cas chaque année au mois de juin. La chapelle et le site servent de support lors de la fête de la Saint Jean.


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La chapelle Saint Sulpice. La date exacte de sa fondation est toujours inconnue mais elle est traditionnellement située entre le Xème et le XIème siècle. La paroisse de Morian comprenait cinq lieux de cultes : Sainte Marie d’Alairac, Saint Sulpice, les églises de Vulturne, Saint Jean du Val et Saint Martin. Des écrits épiscopaux indiquent deux transactions importantes. En 1054, l’Ecclesiam de Moriano appartenant au diocèse d’Arles, est cédée à l’archevêché d’Aix. Puis en 1082, lors d’une assemblée, l’archevêque d’Aix Pierre Geoffroy fit donation de trois églises au réseau ecclésiastique istréen. L’église paroissiale du castrum d’Istres (ou Sainte Marie) tout d’abord, sans précision supplémentaire. Cette église du château ne peut-être autre que la future Notre Dame de Beauvoir. La seconde se nommait Sainte Marie d’Alairac. Selon Christian Giroussens, cette Sancta Maria de Alairaco se situait probablement au nord du domaine de Sulauze où il existait une autre chapelle (disparue aujourd’hui) à un lieu-dit nommé Cros de Leyrac. Enfin, la troisième église portait le titre de Saint Sulpice en incluant toutes ses dépendances (cum omnibus appendiciis). L’église de Morian disparaît alors des textes, sujets à interprétation. Certains ont consacré Saint Sulpice première paroisse istréenne jusqu’en 1082. Pourtant, rien ne le précise dans l’acte de 1054. Disons qu’elle doit partager cette primeur avec les chapelles Saint Etienne et Saint Michel, même si les habitants venaient de coloniser l’actuel centre ancien. Plus sûre est la suite. L’église paroissiale du castrum d’Istres fut attestée paroisse en 1082 et confirmée en 1285. Puis, la chapelle Saint Sulpice passa sous différents vocables, ceux de la Vierge, de l’Annonciation, de Sainte Catherine, de la Mère de Dieu et de Notre Dame. Elle fut également appelée Saint Michel du Cimetière en 1269. Mais le plus fréquent reste un certain Saint … Sulpice.

La chapelle Saint Sulpice. A droite : l’une des deux consoles à modillons, singulière par rapport aux abbayes de Silvacane et du Thoronet
mais proche de celles de l’amphithéâtre nîmois .


Cette chapelle a subi divers remaniements. De la première période romane, il ne reste que les murs de la nef constituant l’enveloppe extérieure. Une nef tronquée et auparavant plus longue. Car des modifications ont eu lieu vers le XIIème ou le XIIIème siècle, une époque où les murs de cette nef ont été doublés et surélevés. Sur la façade sud, la surélévation se perçoit nettement avec le mur intérieur qui dépasse du mur extérieur occultant ainsi trois fenêtres. Mais la lumière peut pénétrer par la façade ouest, percée d’un oculus. Cette façade occidentale ne comporte aucune trace de surélévation, ce qui peut signifier que quelques rangées ont été rajoutées sur le mur initial. Durant cette même période, le chevet a lui aussi été remanié et l’arc de l’abside réduit. Cependant, la partie orientale de la chapelle primitive n’était peut-être pas déjà arrondie. En effet, sous le dallage, les fouilles ont livré les vestiges d’un mur rectiligne séparant le chœur de cette abside, ce qui suppose un chevet initial droit. On notera également deux consoles à modillons. Elles supportent le doubleau avec très peu d’équivalence par leurs formes sur d’autres sites romans mais se rapprochent des consoles de l’amphithéâtre nîmois. L’une d’entre elles est à décor zoomorphe avec des têtes de bovidés que l’usure du temps rend méconnaissable aujourd’hui.

A l’intérieur, deux chapelles d’architecture gothique ont été rajoutées à partir du XIVème siècle. L’une située au sud-ouest, a été découverte en 1976 lors des travaux de restauration. Elle a ensuite été détruite à une époque indéterminée. Une partie de son emplacement est aujourd’hui occupée par le cimetière. L’autre existe encore. Elle forme la salle carrée qui occupe le côté septentrional avec le mur nord lui aussi percé d’un oculus.

A la période classique (XVIIème, XVIIIème siècle), les remaniements continuent avec le rajout de deux petites salles, peut-être des chapelles internes. On sait que deux chapelles ont été fondées en 1687 sous les vocables de la Sainte Vierge et de Saint Michel dans l’ancienne paroisse Saint Sulpice. La première se situait au nord-est. Elle a été détruite. La seconde, près de l’entrée actuelle, présente l’emplacement d’une lanterne des morts. On vient d’entrevoir que cette église … qu’on nomme aujourd’hui chapelle … a contenu plusieurs petites chapelles internes. Elles ont été dédiées selon les époques à la Sainte Vierge, à Saint Jacques, à Saint Michel et bien sûr à Sainte Catherine. Une sainte très présente à Saint Sulpice où la cloche et un autel lui étaient également dédiés ainsi qu’une chapellenie.

Un autre épisode est connu, celui d’une annexe particulière adossée à la chapelle et portant le nom de Maladière. Elle servait d’hôpital pour les lépreux du XVème au XVIIème siècle. La Maladière cessa son activité en 1685, transférée dans la Crau, sur la route d’Arles. Abandonnée, la chapelle trouva un emploi de parc à bétail pendant la Révolution ! Mais, par sa proximité avec l’ancien cimetière, la chapelle Saint Sulpice, ne pourra plus tard que renouer avec sa vocation principale qui dure de tous temps selon le docteur Beaucaire : celle des veillées funèbres avant l’inhumation. Une lanterne des morts en témoigne. Ces édifices étaient souvent conçus comme des petites tours indépendantes, placées aux abords des cimetières et parfois accolés à une chapelle comme celui de Saint Sulpice. Un fanal funéraire brûlait la nuit précédant l’enterrement et signalait la présence d’un mort. Eclairons notre lanterne … La tradition remonte au Moyen Age et serait, comme pour la Saint Jean, issue d’une pratique celte. Un gros cierge au feu purificateur remplaçait les bougies que les premiers chrétiens posaient sur les tombes. La flamme de la torche rendait en fait un dernier hommage au défunt souvent prié par la famille présente. Source de lumière divine et rédemptrice, elle le protégeait du Diable, dit-on … Trois sites possédant une lanterne des morts existent encore dans les Bouches du Rhône : à l’église Saint Honorat d’Arles près des Alyscamps, aux Baux de Provence surmontant l’église Saint Vincent et à Istres, à la chapelle Saint Sulpice.

A la fin du XIXème, Saint Sulpice assurait toujours un service dominical. Cependant, elle ne veillait plus les morts … La chapelle de la Bourgade (boulevard Paul Painlevé) la remplaça dans ces deux fonctions en 1895. Malgré quelques réparations provisoires, on l’oublia une fois de plus, laissant le lierre l’envahir et les cyprès traverser sa toiture. Un coté pittoresque qui attira les curieux et les pionniers de la photographie en noir et blanc. Au début des années 30, la chapelle désaffectée risquait de s’effondrer et menaçait la sécurité publique. Félix Gouin réussit à inscrire Saint Sulpice à l’inventaire (supplémentaire) des monuments historiques le 6 juillet 1942. La chapelle délabrée servait encore de dépositoire en 1945 mais elle demandait un budget de restauration si élevé que les années s’écoulaient sans le moindre coup de pioche.

Elle a finalement été restaurée en plusieurs tranches étalées de 1962 à 1981 sous la direction de l’arlésien Jacques Van Migom (1907-1980), architecte du gouvernement et des monuments historiques. Son projet élaboré en 1962 a supprimé quelques cloisons pour rendre l’espace plus ouvert. L’acoustique fut amélioré pour héberger des manifestations culturelles. Celle qui n’était autrefois qu’une simple rurale éloignée de 60 toises du portail d’Arles, est devenue depuis 1991 un lieu de promotion proche du centre-ville. C’est en fait une annexe du Centre d’Art Contemporain, sorte de carrefour culturel qui s’ouvre aux nouveaux talents avec des expositions fréquentes de peintres, sculpteurs et plasticiens régionaux.


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La Chapelle Saint Pierre de la Mer. Le nom moderne des Heures Claires cache un passé et quelques édifices de l’histoire istréenne. En contrebas de la sous-préfecture existait déjà au Xème siècle une chapelle primitive, creusée dans la falaise et contemplant l’Etang de Berre. Elle a été dédiée à Saint Pierre, chef des apôtres et considéré comme le premier pape. Une dédicace logique pour cette chapelle faisant face à l’étang, puisque ce pêcheur galiléen de métier, est devenu ensuite le patron des artisans de la mer. La chapelle, probablement la plus ancienne d’Istres, fut léguée à l’abbaye de Montmajour en 966 par le Roi Conrad le Pacifique. On y célébra la messe jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. 30 mètres au-dessus de cette chapelle, les moines bénédictins fondèrent vers le XIème-XIIème siècle un prieuré. L’ensemble chapelle-prieuré est aujourd’hui détruit et l’emplacement occupé par une villa.


La grotte de l’abbé Régis : L’ensemble précédent (chapelle-prieuré) était adossée à la maison de campagne de l’abbé Régis, dans la propriété acquise en 1738 par la famille Régis et où trône aujourd’hui le Vaisseau de Suffren. La famille Regis s’était fixée à Istres en 1661 et logeait dans le Vieil Istres (Place du Puits Neuf dans la bâtisse qui abrita le Musée de 1989 jusqu’à sa fermeture en 2012. La parenté Régis-Suffren remonte en 1748, année où fut célébré le mariage entre Laurent de Suffren (oncle du Bailli) et Marguerite de Régis. Sous cet ensemble disparu, il reste la grotte de l’abbé Regis (dite aussi souterrain de Saint Pierre). Elle a été creusé dans la falaise de 1771 à 1776 par Denis, le même tailleur de pierres (de La Couronne, Martigues) qui sculpta le Vaisseau de Suffren. Denis opéra sous les ordres de l’abbé Régis (Louis Etienne Roch de Régis, 1722-1786, prêtre jésuite). Ce souterrain existe toujours mais il est fermé par sécurité. Cependant, derrière cette grille qui interdit l’accès, se profilent couloirs et salles sur une longueur totale de 118 mètres et sur une hauteur de 23 mètres. La première salle est dite inférieure, la seconde comporte un bénitier et on accède à la 3ème par un escalier en colimaçon de 66 marches et 20 mètres de haut. Ce travail titanesque avait pour but d’augmenter le débit d’eau de la source émergeant près du Prieuré, à des fins géologiques et d’arrosage. Il doit y avoir probablement d’autres raisons encore non élucidées.


Le Vaisseau de Suffren est un hommage au glorieux Pierre André de Suffren, bailli de l’Ordre de Malte. Né en 1729 au château de Saint-Cannat, il passa son enfance dans un autre château, celui de Richebois, près de Salon. Ce fut ensuite un militaire marin hors pair qui remporta maintes batailles navales contre la Royal Navy, de la Manche jusqu’aux Indes avant de rentrer acclamé à Salon et d’être nommé vice-amiral. Il est mort en duel en 1788 contre le prince de Mirepoix. Le Bailli de Suffren possédait des terres à Istres et Entressen (mas de Suffren). Sur une falaise des Heures Claires, l’un de ses parents, le père jésuite Louis Etienne Roch de Régis, fit tailler un vaisseau de pierre dans un énorme rocher qui s’était détaché de la falaise. Un grand bâtiment sans mouvement qui m’a coûté beaucoup d’argent avait-il écrit sur une pancarte aujourd’hui disparue. Ses dimensions impressionnantes (30 mètres de long sur 5 de large et presque 7 de haut) sont presque oubliées au milieu d’une végétation envahissante et de ses trois pins représentant les mâts, responsables de son éclatement. Réalisée par Denis, un carrier de La Couronne, la sculpture débuta en 1785 et dura plusieurs années. Le vaisseau de pierre fut alors baptisé le Héros, nom du navire du Bailli avec lequel il remporta ses plus belles victoires. Dans la rubrique Patrimoine / Istres Autrefois, vous pouvez voir la gravure de François Denis Née (1795) qui le représente terminé. Ce vaisseau monolithe qui n’a jamais navigué est inscrit depuis le 23 juillet 2009 sur la liste des Monuments Historiques.

La proue du Vaisseau de Suffren (falaise entre le CEC et le port des Heures Claires).
A droite : le Bailli de Suffren (buste du sculpteur Jean Antoine Houdon (1741-1828), réalisé en 1787).


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La Chapelle de la Sainte Famille. On la surnommait autrefois chapelle de la Bourgade (ancien nom du quartier autour de l’actuel boulevard Paul Painlevé). Saint Sulpice vieillissait et tombait en ruines alors que Notre Dame de Beauvoir reste trop élevée pour certaines personnes âgées (il est coutumier de dire qu’elle est plus à la portée des anges que des hommes). On décida en 1895 de créer un nouveau lieu de culte et d’inhumations en aménageant un ancien moulin à huile. La chapelle prit le vocable de Sainte Famille (une société civile regroupant des prêtres et des paroissiens istréens). Devenue trop étroite face à l’accroissement de la population, on décida de l’effacer et de la reconstruire sous une architecture moderne, avec une coupole qui dépasse celle de la Vieille Charité marseillaise. Les pierres de taille posées par les Compagnons du Devoir, proviennent du Lubéron (carrière de Menerbes). La première fut posée le 6 janvier 2001 (jour de la clôture de l’année sainte) par Monseigneur Claude Feidt. La chapelle qui garde son appellation d’origine et peut accueillir désormais 700 personnes, fut inaugurée le 27 juin 2004. Le 18 mai 2013 a vu la bénédiction du Tympan : une grande fresque sur la façade ouest, réalisée par 10 spécialistes étrangers, sous la houlette du Père jésuite Marko Ivan Rupnik.

Le samedi 23 mai 2015, une nouvelle croix est installée au-dessus de l’autel. Une croix en acier ajouré, majestueusement colorée, d’un poids de 600 kilos et d’une hauteur de 4 mètres ! Une dimension qui a permis la crucifixion d’un Christ polychrome grandeur nature. Ce travail d’orfèvre a été réalisé par le sculpteur peintre David Pons, spécialiste des aménagements liturgiques, épaulé par un autre sculpteur et restaurateur réputé : Jean Chabbert, originaire de Castres.

La chapelle de la Sainte Famille. A droite : le Tympan où 80000 pierres (onyx, marbre …) composent les personnages de cette mosaïque.

La Croix de la Sainte Famille, inaugurée le samedi 23 mai 2015, veille de la Pentecôte.


Le Domaine de Sulauze est une ancienne seigneurie d’Istres. En 1725, Sulauze devînt un fief indépendant ayant son propre Seigneur, le sieur Dugrou, un protégé du Duc de Villars (seigneur d’Istres). Le fief passa ensuite dans les mains de Jean de Sulauze (d’Eyguières) en 1743 jusqu’à la Révolution où le terroir retourna dans la communauté istréenne (pour plus de détails, voir Christian Giroussens : Les pérégrinations de Jean de Sulauze, bulletin n°21 des AVI). Avant ce fief existaient déjà la bastide avec ses dépendances, la chapelle Sainte Magdeleine des Champs et le pigeonnier (ancien moulin à huile). Ces édifices, toujours en parfait état, symbolisent aujourd’hui le domaine. La date de la construction de la chapelle est inconnue mais des documents paroissiaux attestent sa présence en 1697. Elle est certainement dédiée Sainte (Marie) Magdalène qui traversa la Méditerranée (avec les deux autres Saintes Maries) pour se retirer et méditer à la grotte de la Sainte Baume. Son culte naquit en Provence vers le XIIème siècle et elle a ensuite donné son nom au plateau des Madeleines (dit aussi Magdelènes) au nord-est de Sulauze.

La chapelle Sainte Magdeleine. A droite : vue du domaine de Sulauze (avec le pigeonnier à gauche).


Il reste d’autres vestiges du passé … Un puits particulier tout d’abord, d’1 mètre de diamètre sur 4 de profondeur. Ce n’était autre qu’une astucieuse glacière permettant de conserver en plein été, la neige et la glace ramassées en hiver. Ce frigidaire d’antan offrait une hygiène alimentaire acceptable et permettait d’apporter des soins en cas de maladie. Ensuite des souterrains de plusieurs centaines de mètres. Ces galeries enterrées qui servaient probablement de drainage et de collecte, ont été creusées pour assécher des zones marécageuses. Ils restent difficilement datables. Cependant, des canaux souterrains existent à proximité de Sulauze, entre le golfe de Saint Chamas et Miramas. Ces travaux sont attribués aux moines de l’abbaye de Montmajour vers le XIIIème siècle. Cédées par leurs confrères marseillais de l’abbaye Saint Victor en 1222, ils avaient pris possession des terres de Miramas le Vieux et purent alors écouler les eaux stagnantes des paluds vers l’étang de Berre. Le but était de favoriser l’habitat, de conforter les accès et d’installer l’agriculture autour de leurs propriétés. Ces souterrains constituaient également des réserves d’eau. Les moines avaient auparavant creusé au IVème siècle une crypte (ou chapelle troglodyte) pour se recueillir. Un lieu de prières qui abrite aujourd’hui, telle une parfaite cave, la production vinicole du domaine. Celui-ci a également hérité d’un four à pain daté de 1882, qui sert encore à faire, chaque semaine, du pain artisanal.

Mais au XVIIIème siècle, on y pratiquait toujours l’élevage du ver à soie, d’où l’un des bâtiments actuels appelé magnanerie (du provençal magnaniero : lieu où l’on élève des vers à soie). La découverte d’amphores romaines atteste la culture de la vigne sur le site dès le Ier siècle après JC. C’est aujourd’hui, l’une des activités principales de Sulauze (40 ha). Le vin est vieilli sans adjuvant aromatique, dans la chapelle troglodyte. Le vignoble est biologiquement respecté depuis 2005 par l’emploi d’engrais naturels et par du désherbage manuel. Une dizaine de cépages différents (syrah, cabernet, marselan, grenache …) occupe 40 hectares et produise, selon les années, de 100000 à 130000 bouteilles, avec beaucoup d’exportation à l’étranger. A ce vin certifié bio et classé AOC Coteaux d’Aix, on peut depuis 2013 rajouter la bière. Aménagée dans une bergerie vieille de trois siècles, la brasserie utilise les céréales et houblons cultivés en biodynamie dans le domaine. Des bières non pasteurisées, artisanales et élaborées à l’huile de coude sont les principales armes de ce nouveau produit de terroir. Une autre exploitation actuelle : l’élevage de taureaux (principalement de race Murube). Par passion de la nature, les propriétaires avaient acheté le domaine en 1932 afin de préserver les collines de l’urbanisation. 40 années plus tard, les taureaux ont remplacé les vaches laitières pour devenir une passion au fil du temps. 400 têtes et 8 enclos leurs sont consacrés. Plusieurs races cohabitent, certains sont élevés pour la viande, d’autres pour les spectacles tauromachiques. De l’autre côté de la route de Miramas, on trouve un autre type d’exploitation : la bambouseraie de Sulauze, plantée en 1880. 4 espèces de bambous apportent un peu d’exotisme à Istres mais le bambou géant (phyllostachys viridis mitis), est majoritaire. Un système de récupération des eaux usées du domaine permet de les réunir dans une cuve qui est ensuite vidangée sur les sols de la bambouseraie. Par ses propriétés filtrantes et épuratrices, ces poacées asiatiques remplacent ainsi la fosse septique ! 100 m² de bambous traitent les rejets de 10 habitants environ. Un brevet est à l’étude pour une utilisation industrielle.

Sulauze : les vignes, la bambouseraie (phyllostachys viridis mitis) et les taureaux (race Murube).


Les propriétaires de Sulauze entre les Jean de Sulauze et les actuels Fano : Thimothée Jean de Sulauze avait vendu en novembre 1833 son domaine istréen à Pierre Marius Massot (1796-1855). Celui-ci était un riche industriel (raffineur de sucre à Marseille) et l’époux de Marie Françoise Laure Prat (1802-1879), fille de Jean Jacques Prat (1765-1843, directeur de l’usine de Rassuen). En 1880, Mr Paul Virgile de Marseille put acquérir le domaine aux héritiers Massot. Il se lance alors dans diverses exploitations : vignes (30 ha et 160 tonnes de raisins produits en 1890), amandiers (4000 pieds), pâturages pour troupeaux d’ovins (90 ha de prairies pour 2000 têtes), oliviers … Le propriétaire fut cité comme un modèle de cultures intelligentes. Il reçut diverses récompenses : 1er prix de la Société Départementale d’Agriculture en 1891, médaille du Mérite Agricole en 1899. A son décès en 1910, son frère Simon Benjamin Constant Paul revendit Sulauze en 1912 au consort Negrel (famille d’Aubagne) qui le revendit à la Société Agricole du Sud-Est en 1919 avant de devenir la propriété de la Société de l’Autodrome de Miramas lors de la construction du circuit en 1924 (cen,tre d’essais BMW actuellement). Enfin le Comte d’Estoumel (1875-1942) racheta le domaine istréen en 1926, domaine dont il a dû se séparer en 1932 (vendu aux enchères suite à sa faillite financière).


Sulauze et la famille Fano : Eugène Fano (1878-1937) partit en Chine en 1902 pour occuper le poste de caissier dans une banque de Shanghaï. Cette ville était alors l’une des concessions que possédait l’Etat français. Ces concessions (sortes d’états indépendants gérés chacun par un consul au sein de l’état chinois) ont été mises en place à partir de 1849. Elles dureront jusqu’en 1949. Quelques années après son arrivée, Eugène Fano se lança dans la création de nombreuses sociétés bancaires pour financer la construction d’immeubles et de cités. Il devînt alors le français le plus riche de Chine. En 1932, il apprend que le Domaine de Sulauze est en vente suite à la faillite de son propriétaire, le comte d’Estourmel. Le domaine fut alors acheté par une transaction organisée depuis Shanghaï. Retournée en France depuis 1949 (fin du traité des concessions franco-chinoises), les descendants de la famille Fano (fils, cousins …) décidèrent d’investir dans leur patrimoine familial et créèrent à Sulauze une société civile agricole. 450 hectares de pinèdes furent préservées et 300 hectares exploités : céréales, foin de Crau, légumes, fruits, vignes et pâturages avec 150 vaches laitières (prémices des taureaux actuels). Les produits du domaine étaient vendus dans une épicerie proche de la Porte d’Arles … jusqu’en 1980 où un projet (avorté ensuite, voir l’abri Cornille II) de construction d’autoroute amena les propriétaires à arrêter la production de vaches laitières et à fermer la boutique. La famille Fano se concentra alors sur deux AOC : le foin de Crau et la vigne dont ils se sont séparés en 2000, les nouveaux gestionnaires s’orientant alors vers des productions au label bio. Mais ils continuent l’élevage des taureaux murube. Toujours depuis 1980, après avoir rénové granges et bastides, les bâtiments accueillent aujourd’hui séminaires, mariages et la fête des bergers où une messe est célébrée à la chapelle.


Les bories : du plateau des Magdalènes au nord-est de Sulauze jusqu’au Camp de Raoux ainsi qu’à Montméjean, on peut encore observer des ruines de bories, cabanes en pierres sèches et plates, empilées par une technique particulière et sans mortier. Des œuvres bâties par les paysans, sans architecte ni maçon mais avec un savoir-faire transmis au fil des générations. Les bories sont aujourd’hui les témoins d’une vie agricole révolue. Ces cabanons dont les murs pouvaient atteindre 2 mètres d’épaisseur, étaient des abris temporaires souvent situés loin des fermes, servant à ranger l’outillage des champs. Certains faisaient office de grange et même d’écurie, d’autres étaient bâtis en bordure de falaise. Au Moyen Age, c’étaient des postes d’observation pour surveiller les invasions barbares. Columelle, agronome romain, évoquait déjà les bories dès le 1er siècle après JC à Cornillon.

Plateau des Magdeleines : une petite borie à gauche et à droite : la Grande Borie qui daterait du XVIIème ou XVIIIème siècle.


La Tour d’Entressen dite de la Reine Jeanne. Tout avait commencé par un relais installé par les romains : Mansio de transito pouvant se traduire par une auberge de passage. Sous contrôle militaire, c’était une escale bienvenue lors de la traversée de la Crau glaciale, ventée et solaire selon les saisons. Ce fut même un poste à péage sur la route obligée entre Arles et Marseille. Guillaume II des Baux, seigneur d’Istres, fit ériger en 1341 une tour sur l’emplacement du relais pour sécuriser le secteur. Une garnison permanente surveillait voleurs, domaines agricoles, pâturages dans les coussouls et cet endroit stratégique envié par Arles. C’était également un poste d’avant-garde qui permettait de voir loin, d’observer la poussière soulevée dans la Crau par tout nouvel arrivant et enfin d’alerter les renforts aux alentours du monastère de Miramas (secteur aujourd’hui occupé par le terrain de golf). La Reine Jeanne de Naples et comtesse de Provence, une reine aux multiples légendes, venait fréquemment s’y reposer à tel point que ce donjon porte désormais son nom. La Tour était autrefois fortifiée mais les murailles l’entourant été donnés détruits en 1786 et les fossés comblés. Notre Dame de l’Etang et la Tour de la Reine Jeanne, inscrits au titre des monuments historiques depuis le 4 mars 1998, sont aujourd’hui en péril et attendent leur réhabilitation.

De gauche à droite : la Tour d’Entressen dite de la Reine Jeanne, l’oratoire Saint Etienne,
le tunnel de la grotte de Saint Pierre ou de l’abbé Régis et la croix des Pénitents Blancs.


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Les chapelles d’Entressen. Près de la Tour, il reste les ruines de Notre Dame de l’Etang, construite vers le XVIème siècle sur le sacellum (petit sanctuaire qui apparait dans des textes de 1186) lié au relais médiéval. On y célébra la messe jusqu’à la fin du XVIIIème siècle avant d’être abandonnée, faute de restauration. Entressen resta sans chapelle jusqu’en 1838 où apparut la chapelle de l’Immaculée Conception au centre du village, offerte par plusieurs mécènes : Mlle Cournand (propriétaire du mas du mas Cournand qui deviendra ensuite le Mas de la Chapelle), son frère l’abbé Cournand ainsi que diverses familles bien connues à Entressen : De Suffren, Arnaud, Gallifet … La 1ère pierre de l’Immaculée Conception a été posée le 6 décembre 1836 et l’édifice fut béni en août 1838 par l’Abbé Coustet, curé d’Istres. Les Entressennois ont pu retrouver un lieu de culte dans cette nouvelle chapelle. Mais, les années passent et le petit hameau est devenu grand. L’Immaculée Conception ne pouvait plus accueillir de cérémonies importantes. Aussi, elle a été remplacée en décembre 1999 par l’église actuelle dédiée à Saint Paul. A l’origine du projet : le Père Paul Monnet qui a su surmonter les obstacles financiers, réunir de nombreux dons de paroissiens et même de touristes suisses qui ont offert les vitraux et en vendant sa maison personnelle (soit 1/3 du prix de l’église Saint Paul). Une plaque en sa mémoire a été inaugurée à l’entrée de l’église Saint Paul en septembre 2017. Restaurée, l’Immaculée Conception est aujourd’hui un lieu d’expositions.

Paul Monnet : Né en 1923 à Marseille. Ordonné prêtre le 1er juillet 1952 à Eyguières. Vicaire à Saint-Jean de Malte à Aix (1952-1953), à la Major et à l’oeuvre de Saint-Etienne à Arles (1953-1954), préfet du collège catholique d’Aix (1954-1955), vicaire à Martigues (1955-1964), vicaire à la paroisse du Saint-Esprit d’Aix (1964-1977) puis curé de Miramas (1977-2003) et d’Entressen de (2003-2010). Décédé à Salon le 18 août 2016.


La Croix des Pénitents Blancs. Ces disciples de Jésus avaient fondé leur confrérie au XVème siècle dans le Vieil Istres. Les confréries de ce type prirent un essor à cette époque pour lutter contre le protestantisme et recadrer les écarts de certains papes. Après la Révolution, les pratiques religieuses perdirent de leur ferveur. Afin de reconquérir des fidèles, l’Eglise instaura dans chaque paroisse des missions. Elle les délégua à des prédicateurs. A Istres, les pénitents blancs eurent le devoir de raviver la foi au sein de la commune. De petits édifices furent alors mis en place, çà et là, pour rappeler les chemins oubliés de l’église. La croix de mission des pénitents blancs, à l’angle des routes de Saint Chamas et du tour de l’étang, a été érigée en 1868. Son emplacement initial se situait sur l’actuel boulevard des Jardins, près du Rouquier. Elle fut déplacée suite à l’urbanisation du quartier. Construite vers l’an 1500, la chapelle des pénitents blancs était mitoyenne à Notre Dame de Beauvoir. Elle a été rasée en 1946, remplacée aujourd’hui par une table d’orientation qui offre une belle vue sur l’étang de l’Olivier.


Le Pavillon de Grignan. En 1575, le site était à l’origine un rendez-vous de chasse. Mais ce pavillon est lié à l’histoire du canal de Craponne et du moulin de Grignan. En 1564, Adam de Craponne (1526-1576) obtint l’autorisation du seigneur Michel Foissard de construire un moulin à blé avec la dérivation des eaux de la Durance (canal de Craponne). Par testament, il légua ses biens à son frère qui (décédé en 1591) les avait légué à son tour à sa fille Jeanne, mariée au capitaine Jean de Grignan de Mondragon. Pendant plusieurs générations, les biens istréens des Grignan (terres, moulins …) sont passés par héritage de père en fils et donc restés leurs propriétés jusqu’en 1853. La marquise de Sévigné (1626-1696) venait fréquemment s’y reposer. Mais c’est probablement Jean Baptiste de Grignan (1714-1788) qui a amélioré le pavillon puisqu’on y a reconnu les styles Louis XV et Louis XVI. Après 1853, le pavillon passa dans diverses mains privées … dont celles du Comte et Comtesse A. de Barberin en 1899 et celles d’un évêque de Nancy en 1922. Dans les années 1944-1950, la propriétaire de la maison de tolérance El Monico (qui se situait au carrefour des actuels chemin des Bellons et de l’Avenue Saint Exupéry) y a logé sans autorisation, en mettant à disposition ses prostituées les plus demandées … Le pavillon tombé bien bas releva ensuite la tête en 1956 lorsqu’il devînt la propriété d’André Turcat (1921-2016), célèbre pilote d’essai et du Concorde. En 1978, le site fut racheté par la municipalité qui l’utilise aujourd’hui comme lieu de réceptions officielles et de concerts estivaux dans le parc. Le Pavillon de Grignan est inscrit au Monuments Historiques depuis le 10 février 1967.

Le Pavillon de Grignan.

Le Moulin de Grignan : Adam de Craponne, on l’a vu, a obtenu en 1564 l’autorisation du Seigneur d’Istres (Michel Foissard) de construire un moulin à blé (sur l’actuel Boulevard de Grignan) et qui comprenait 3 jeux de meules. Mis en service en 1568, le moulin était alimenté par l’eau du canal de Craponne à un débit de 375 litres/seconde permettant de moudre un volume de 600 litres de blé par heure pour une production de 1430 kg de farine par jour. Le Moulin de Grignan est resté durant 4 siècles, la propriété de la famille De Craponne puis des Grignan (héritage par mariage) … comme pour le (précédent) Pavillon. Mais en 1904, le maire d’Istres Honoré Aymès rachète une grande partie des biens istréens appartenant aux Grignan (et dérivés) au prix de 180000 francs … incluant le canal de Craponne et le Moulin de Grignan qui devient alors communal. En 1908, la Régie Electrique (éclairage public de la ville) est transférée au Moulin de Grignan qui est alors associé à une usine hydro-électrique, alimentée elle aussi par le canal de Craponne. Cependant, le moulin est en piteux état de fonctionnement. Félix Gouin lance sa restauration en 1924… Ainsi en 1926, ses portes réouvrent mais il fonctionne désormais avec une double énergie : l’eau du canal et l’électricité. Sa production quotidienne est de 8000 kg de farine par jour. Après quelques déboires et une production en dents de scie, la mairie décide de ne plus louer le moulin et le revend en 1957 (liquidation judiciaire) à Jules Petrini qui augmentera sa capacité de production (12000 puis 18000 kg par jour). Décédé en 1979, son épouse poursuit alors son exploitation (avec des modernisations et une production atteignant 60000 kg/jour en 1987) … jusqu’en 1995, année où elle cède l’usine à la SARL Les Moulins de Grignan. Dans un contexte méconnu, le Moulin de Grignan a ensuite cessé ses activités en 2001, tout comme la Régie Electrique qui les avait stoppé en 1958 (passage total de l’énergie électrique de la commune à l’EDF). Le démantèlement et la revente des machines à d’autres moulins, achèvent ainsi 432 années d’histoire istréenne.


Le Château des Baumes : La date de sa construction n’est pas connue d’autant plus que ce n’est pas un véritable château. Le nom de cette demeure provient des grottes (baumes) jadis visibles avant l’urbanisation du quartier. Auguste Balthazard Denis Arduin (1854-1920) avait racheté en 1886, une propriété agricole au quartier de Pepi à l’hoirie Belfrond-Combes. Sur cette propriété figurait une maison de maître que le nouveau propriétaire Denis Arduin fit restaurer et transformer en villa italienne. C’est à cette époque que les istréens l’ont surnommé Château Arduin, notamment pour son second étage et sa loggia à 7 baies qui offrait des vues imprenables sur les étangs de Berre et de l’Olivier. Pendant la seconde guerre mondiale, les allemands l’ont utilisé comme hôpital. Depuis, il est en ruine et la rumeur dit qu’il serait hanté … Irrécupérable par les héritiers de Denis Ardouin, la bastide appartient aujourd’hui à la municipalité et attend … peut-être … sa restauration.


Le Portail d’Arles et les Fontaines de Saint Eloi. Le 29 octobre 1769, la Porte Basse (qui permettait l’accès au centre ancien) et une partie des remparts s’écroulent … On décida alors après avoir eu l’autorisation de Louis XV de détruire quelques maisons attenantes, de reconstruire une nouvelle porte : le Portail d’Arles actuel … avec des pierres provenant du Cros de la Carrière. Le travail dura 2 ans et demi, de 1771 à 1773 fut l’œuvre des maçons Jean Tabusteau (Istres) et François Peytrau (Saint Mitre). Le portail sera dédié au Maréchal Claude Louis Hector de Villars (1653-1734), l’un des plus brillants généraux de Louis XIV et célèbre par sa victoire surprise à Denain, sur les austro-hollandais en 1712. Décédé en 1770, son fils, le Duc de Villars, également Seigneur d’Istres et Prince de Martigues, ne put lui aussi assister à l’inauguration. L’édifice porte une inscription inachevée : Tous les citoyens habitant la même … La suite fut trouvée par René Giroussens, président honoraire des Amis du Vieil Istres et sur un mur de la mairie de Marseille : … cité sont garants civilement des attentats commis sur territoire de la commune, soit envers les personnes, soit envers les propriétés.

Le portail d’Arles est ornée de deux fontaines dédiées à Saint Eloi, ancien approvisionnement d’eau des habitants du Vieil Istres et abreuvoir pour animaux. Une appellation qui doit son nom à l’ancienne chapelle Saint Eloi et qui se situait à l’extérieur des remparts (vers les locaux de l’actuel Office du Tourisme). Construite en 1644, cette chapelle abritait la confrérie Saint Eloi où adhéraient les ménagers (paysans aisés). Saint Eloi était honoré à Istres le dimanche suivant la Saint Jean. C’était l’occasion d’une fête avec messe, procession et bénédiction du bétail. La chapelle qui a suppléé à Notre Dame de Beauvoir (trop élevée pour certains) pour le culte des défunts, a également servi de lieu d’inhumation pour quelques notables istréens. Après la Révolution, elle a été vendue (13 octobre 1793) comme bien national puis détruite pour créer une cour à son emplacement.


Les HBM. Ces Habitations Bon Marché ont été conçues en 1929 suite à une demande de logements liée à l’extension de la base aérienne. Ces HBM sont aujourd’hui protégés et labellisés par le CRPS en 2000 (Commission Régionale du Patrimoine et des Sites). Ils furent bâtis en arc de cercle dans un simple souci d’esthétique pour mieux épouser le contour du Vieil Istres. La construction a été en fait favorisée par une loi votée le 13 juillet 1928, à l’initiative de Louis Loucheur (1872-1931), ministre du Travail et de la Prévoyance sociale. Cette loi prévoyait l’intervention financière de l’État pour favoriser l’habitation populaire.


Le CEC Les Heures Claires : Conçu par les architectes diplômés des Beaux-Arts de l’atelier de Montrouge, un atelier créé en novembre 1958 par Pierre Riboulet (1928-2003), Gérard Thurnauer (né en 1926), Jean-Louis Véret (né en 1927) et Jean Renaudie (1925-1981). Ces architectes ont côtoyé de près de grandes figures du mouvement moderne comme Le Corbusier. Ils ont fait partie d’une nouvelle génération qui, à l’échelle internationale, se démarque par sa volonté de repenser la modernité sur de nouvelles bases, en tenant compte de la dimension sociale de l’habitat, de l’histoire et de l’esprit du temps. Entre 1967 et 1970, la Zone Industrielle de Fos-sur-Mer prend progressivement corps : le paysage géographique et humain s’en trouve modifié, notamment en raison de l’arrivée sur place de 20 à 30 000 ouvriers, sans compter la main-d’œuvre affluant de Lorraine et de Savoie. Le constat d’une insuffisance d’équipements sociaux, culturels et éducatifs amène la municipalité à acquérir 12 hectares de terrains sur le plateau des Heures Claires, à 1,5 km de la ville ancienne, en vue de créer un collège et un CEC (Centre Educatif et Culturel). Le programme ambitieux et soutenu par l’Etat, se découpe en de nombreuses tranches de travaux. La première réalisation, en 1971, est le collège, suivi la même année de la bibliothèque et de la Maison Pour Tous. Depuis, des équipements supplémentaires se sont ajoutés : un centre aéré et un centre sportif en 1972 ; un centre social, l’agence pour l’emploi, un dispensaire et une halte garderie en 1974 ; un théâtre en 1976, la Maison de la Danse en 1988, le Conservatoire de musique et de danse en 2000 etc … Le CEC est labellisé et inscrit à la Commission Régionale du Patrimoine et des Sites (CRPS) depuis le 15 mars 2007.


Les HBM (boulevard Frédéric Mistral). A droite : le Portail d’Arles, classé monument historique depuis l’arrêté du 5 mai 1930.


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3. Les étangs, le sel.

L’étang de Lavalduc et les Salins de Rassuen (avec l’étang de Citis) sont historiquement liés à celui de Lavalduc, mitoyen à l’Engrenier, 10 mètres sous le niveau de la mer. La salinité de Lavalduc résulte des retraits marins qui se sont produits il y a quelques millions d’années mais l’étang est aussi alimentée par des sources salines. C’est pourquoi le sel des étangs de Rassuen, Lavalduc et de l’Engrenier était déjà prélevé en 600 avant JC par les commerçants étrusques de Saint Blaise qui se posait en rival économique de Massalia. Ce site fut occupé ensuite à diverses périodes. D’abord par les grecs au IIème siècle avant JC, puis par les paléochrétiens au Vème siècle après JC. De ce village en ruine s’élevèrent 8 siècles plus tard les remparts de Castelveyre. C’est le sel, toujours le sel qui a attiré ces habitants au fil des siècles. Mais ce sel si convoité n’a pas toujours été légalement prélevé. Jusqu’à la Révolution, avec ânes et mulets, des faux sauniers venaient ramasser les blocs qui se formaient naturellement sur les rivages de l’étang. Un sel de contrebande destiné à être revendu à bas prix et aux pauvres mais qui échappait à la gabelle, impôt du Royaume. Pour palier à ces piratages, le canal du Roi fut creusé pour relier les étangs de l’Engrenier et de Lavalduc à la Méditerranée. L’apport d’eau salée sensée noyer et dissoudre le sel, aggrava sa formation et ne put résoudre le problème, même avec diverses arrivées d’eau douce en provenance du Moutonnier, Fanfarigoule et du canal de Craponne.

L’étang de Lavalduc. A droite : une portion de l’aqueduc qui acheminait la saumure de Lavalduc aux salins de Frafra
qui se situaient face à la Maison Rose.


Après la Révolution, le savon de Marseille et l’industrie du verre allaient transformer le visage de ces étangs. La fabrication de ces deux produits nécessite de la soude, obtenue naturellement par la combustion de plantes halophytes, le plus souvent importées. Au début du XIXème siècle, pour palier au blocus anglais des ports français, les autorités décidèrent de mettre en pratique et à grande échelle le procédé Leblanc qui permet d’obtenir de la soude chimique à partir du sel marin. La saumure de Lavalduc s’est alors vue acheminée vers de nouveaux marais salants : une dizaine coté Fos sur Mer dont ceux du Mazet et du plan d’Arenc, une bande de sable séparant les étangs de Lavalduc et de l’Engrenier. Puis, coté istréen naquirent les salins de Cappeau, Frafra et Rassuen. Enfin, l’étang de Citis (Saint Mitre) fut lui aussi transformé au début du XIXème siècle en marais salants, alimenté en saumure par un tunnel. Un autre tunnel souterrain construit en 1835 le reliait au port du Ranquet où le sel était transporté par wagonnets. L’exploitation du sel sur l’étang de Citis dura jusqu’en 1925.

Par une succession de tunnels creusés dans les collines et d’aqueducs pour enjamber les ravins, les eaux de l’étang de Rassuen furent évacuées dans le canal du Roi avant d’être rejetées dans la mer à la plage de Fos. Asséché, cet étang put alors être transformé en salines dès 1804. Une pompe à feu bâtie sur la colline nord-est de Lavalduc permettait d’élever la saumure de l’étang à 30 mètres de hauteur et de conduire le produit vers les salins de Rassuen par un canal à l’air libre de 2923 mètres. La saumure était ensuite reprise par des vis d’Archimède elles-mêmes entraînées par une pompe à vent, dans la cabane noire (détruite dans les années 80) à l’entrée du site. La pompe à feu est en fait une pompe à vapeur qui était produite par le chauffage d’eau douce acheminée depuis le canal des Alpines et par un conduit de 974 mètres. Une partie du sel de Rassuen était transportée au port du Ranquet en charrettes. Ce sel rejoignait sur l’un des 3 embarcadères ceux des salins de Lavalduc et de Citis avant d’être expédié par bateaux. L’autre partie était destinée à la soude, fabriquée chimiquement dans l’usine construite en 1809 et mitoyenne aux salins. Ce fut l’usine la plus importante du département mais à la fin du XIXème siècle, elle a du faire face à la concurrence du procédé Solvay aux Salins de Giraud (concurrent économique du procédé Leblanc) et se diversifier dans une vingtaine de produits comme les acides, les dérivés du chlore, les colles ou encore la gélatine. De cette usine qui employait 400 ouvriers est naît un petit hameau devenu grand et aujourd’hui confronté à l’agglomération istréenne. En 1920, sa survie l’obligea une nouvelle fois à changer de cap et se tourner vers la production d’engrais. Malgré leur réputation et quelques restructurations, les Engrais de Rassuen cessèrent leur activité en 1988 et l’usine ferma ses portes après 180 années de bons et loyaux services.

Les Salins de Rassuen avec à gauche : la pompe à feu sur la colline nord-est de l’étang de Lavalduc.
Elle acheminait la saumure à la Cabane Noire où une autre pompe l’acheminait aux salins.


Géré par GEOSEL, le site de stockage souterrain d’hydrocarbures de Manosque renferme d’importantes réserves stratégiques de pétrole brut et autres produits finis, depuis 1969. Plusieurs dizaines de cavernes sont reliées par pipes au golfe de Fos et à l’étang de Berre (raffineries, dépôts et sociétés de pipelines). Les puits ont été creusés dans des formations salifères naturelles et le sel dissous par injection d’eau douce. Pour assurer leur stabilité, ces réservoirs doivent être maintenus remplis de liquide. Les hydrocarbures acheminés par pipe remplacent la saumure qui est alors rejetée par un autre pipe dans les étangs de Lavalduc et de l’Engrenier. En cas d’utilisation de ces hydrocarbures, c’est la saumure puisée dans ces 2 étangs qui remonte à Manosque remplir ces réservoirs en attendant un autre approvisionnement en produits pétroliers. La société des Salins du Midi utilisait la saumure de ces étangs pour le salage des routes. Mais suite à la baisse de la consommation du sel, la saumure de Manosque doit être rejetée dans le golfe de Fos, face au Fort de Bouc à 900 mètres du rivage et à 20 mètres de profondeur. Cet exutoire provoque évidemment des polémiques et la peur d’une pollution maritime … même si cette saumure issue d’une station d’épuration est pré-déclarée saine. Côté nord, les abords istréens de l’étang de Lavalduc qui appartient toujours aux Salins du Midi, sont loués à un éleveur istréen.


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L’étang de l’Olivier. Ce fut autrefois un étang salé et fermé où l’on retirait du sel. Les salins étaient donnés proches du centre ancien et se situaient donc au sud de l’étang, probablement dans l’anse Sainte Catherine. La première récolte connue est datée du 1er aout 1540. Elle s’éleva à 27650 oules. Mais il est cependant possible que le sel fut exploité à l’époque gallo-romaine. L’étang de l’Olivier aurait été alors un satellite de Lavalduc et donc du site de Saint Blaise. Mais revenons au XVIème siècle où le sel récolté était chargé au Cargadou (plage de Jeanone) avant d’être expédié à l’étranger. Suite à l’arrivée du Canal de Craponne, les eaux s’adoucirent et la production devînt confidentielle (3017 oules en 1596). Les eaux douces et supplémentaires de Craponne engendrèrent alors des débordements, inondant les bas quartiers et créant des marécages malsains. On prit alors la décision de creuser un canal de 600 mètres pour relier l’étang à celui de Berre dont 400 en souterrain. Les travaux s’effectuèrent entre 1650 et 1667 sous la direction de l’ingénieur Johan Prouvent. Le tunnel porte aujourd’hui l’appellation de canal de Cascaveau ou des Arnavaux. Mais du fait de son niveau plus bas, l’étang de l’Olivier s’agrandit pour atteindre sa superficie actuelle (environ 220 ha). Une nouvelle faune marine et de nouvelles eaux salées pénétrèrent. Ce fut l’époque des moules géantes réputées pour leur chair délicate et vendues jusqu’à Toulon sous l’appellation musclé de sepo (moules de souches). Elles se développaient sur les troncs d’oliviers noyés par la remontée des eaux. Face à une demande d’irrigation croissante, le canal de Craponne s’avéra insuffisant. On creusa alors le canal de Boisgelin (aujourd’hui des Alpines), toujours alimenté par la Durance. En 1787, il se déversa dans l’étang de Berre, à la plage de la Romaniquette, à proximité du canal de Cascaveau et du débouché du canal de Craponne. Suivant vents et courants, la circulation de l’eau entre les deux étangs s’inversait. L’étang salé et marin redevînt un étang d’eau saumâtre. Les musclé de sepo disparurent au fur et à mesure de l’adoucissement des eaux.

L’étang de l’Olivier, panorama depuis la colline de Montméjean.


Depuis le XIIIème siècle, il porte ce nom grâce aux cultures d’oliviers qui bordaient son rivage. Cet étang a subi de nombreuses péripéties et pollutions dues aux arrivées d’égouts. Malgré les détournements vers des stations d’épuration, il reste aujourd’hui très surveillé à cause d’une algue prédominante (planktothrix agardhii) qui s’est imposée suite à l’arrivée d’eaux douces dans les années 40 (par le canal d’Entressen, irrigations en Crau autour d’Entressen). Cependant, cet étang du centre-ville ne peut que faire partie du patrimoine istréen. Parmi les plus poissonneux de France, son cadre attire bon nombre de pêcheurs alors que ses rivages séduisent les municipalités (fêtes fréquentes, nouvelle cité administrative …). Depuis 2008, il arbore une vitrine magnifique : le jet d’eau le plus haut de France.


L’étang d’Entressen est comme le précédent un étang à reconquérir du point de vue écologique, souffrant lui aussi d’algues indésirables lorsqu’elles excèdent. Cette dépression laissée par le retrait de la Durance lors de la formation de la plaine de la Crau reste cependant attrayante. Elle accueille club nautique et société de pêche qui trouvent ainsi un cadre idéal entre les ripisylves et les roselières. Ses alentours furent occupés dès la préhistoire. Aujourd’hui, il est le centre complexe des réseaux d’irrigations des cultures autour Entressen : les appoints du canal Centre-Crau au nord-ouest et du canal des Alpines au sud-est alors qu’il sert de réserve d’irrigation en cas de pénurie d’eau. Il reçoit également les rejets de la station d’épuration du village. Son niveau est régulé par un fossé de trop plein vers l’étang de l’Olivier.


L’étang du Luquier est un petit étang souvent oublié, perdu en Crau à l’est d’Entressen et au sein d’un mas privé. Saint Martin de Crau et Istres se partagent le plan d’eau (10 hectares), coupé en deux par les limites communales de ces deux villes. L’étang est partiellement alimenté par le réseau d’irrigation du domaine. En hiver, son étendue se réduit lorsque les prairies à foin de Crau ne sont plus inondées.

L’étang d’Entressen (près de la base nautique) et l’étang du Luquier dont les berges se parent au mois de mai d’iris des marais.


L’étang de Berre, le Ranquet et les Heures Claires. Après la dernière glaciation où des rivières ont creusé cette dépression s’est enchainé un réchauffement climatique qui a rempli cette cuvette. L’étang de Berre est devenue la plus vaste étendue d’eau salée européenne avec une superficie de 155 km². Ce plan d’eau a malencontreusement connu plusieurs coups du sort : tout d’abord la pêche fut interdite en 1957 suite aux rejets toxiques des industries pétrochimiques. Puis en 1963, l’effondrement du tunnel du Rove le priva d’une circulation naturelle avec la Méditerranée. Enfin, 3 ans plus tard, l’épée de Damoclès tomba : la construction de la centrale EDF de Saint Chamas, alimentée par la Durance, apporta un volume d’eau douce dépassant les 3 milliards de m³ par an, soit 3 à 4 fois le volume de l’étang sans oublier les 500000 tonnes de limons ! L’eutrophisation des eaux et les variations incessantes de salinité furent fatales à une faune riche en poissons de mer et en coquillages. Rougets, soles, sardines, crevettes, huîtres, palourdes, moules, Saint-Jacques, oursins disparurent. Tout comme les zostères et les posidonies productrices d’oxygène, abritant de nombreuses espèces comme les hippocampes, pourtant vieux de 40 millions d’années.

L’étang de Berre : le Delà (à gauche) et vue de Monteau (à droite).


Suite au progrès des rejets industriels, la pêche fut rétablie dans l’étang en 1994. L’année suivante, les rejets d’eau douce de la Durance furent diminués de 30%. Mais la biodiversité reste encore réduite à quelques espèces qui supportent mieux les variations de salinité : muges, athérines, loups, daurades et les fameuses anguilles provenant de la mer des Sargasses, leur seul lieu de reproduction. La salinité idéale (32gr/l) n’est pas utopique. Lors de la sécheresse de l’été 2005, la centrale de Saint Chamas a du fatalement baisser ses rejets et la salinité est naturellement remontée à 30 gr/l ce qui a permis pendant quelques mois aux pêcheurs de remonter des thons, calamars, grondins, rascasses et sardines, des espèces presque oubliées dans l’étang de Berre.

L’étang de Berre avec le port des Heures Claires et une plagette du Ranquet.


Jusqu’à l’arrivée de la Durance, l’étang possédait un écosystème proche de celui de la Méditerranée. Ainsi, dès le printemps, les gens, provenant souvent de départements voisins, se rendaient au cabanon comme on va aujourd’hui dans les Calanques. Les week-ends et même pour les vacances. Les cabanons sont devenus au fil du temps des habitations principales. Au Ranquet notamment un hameau de pêcheurs qui a vu son expansion débuter en 1917. Des 550 cabanons recensés en 1960, beaucoup ont dû être officialisés … détruits ou mis aux normes. Aujourd’hui, des associations (l’ESPEREN, le GIPREB) œuvrent pour réhabiliter ce chef d’œuvre en péril. D’abord, une nouvelle circulation dans le tunnel du Rove par pompes. Puis côté Saint-Chamas, supprimer le canal de la Durance n’est pas possible au vu du nombre de centrales installées sur cette rivière, mettant en péril la production électrique française. Mais il est prévu de détourner par canaux et tunnels la Durance à son arrivée de Saint-Chamas, vers la Méditerranée (via la Crau). Outre le retour de la faune et de la flore d’antan, ces mesures permettraient de retrouver la vie digne des années 60 : tourisme, promenades littorales, baignade, bref de renouer avec ce patrimoine naturel détruit par l’homme moderne.


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4. La Crau.

La Crau Sèche. Une légende raconte que la Crau aurait été créée par Zeus pour venir en aide à son fils Héraclès, blessé au cours d’une bataille et à cours de flèches. Voyant son fils agenouillé et implorant de l’aide, son père déversa une pluie de cailloux pour faire fuir les assaillants. Une belle histoire … En fait, il y a 2 millions d’années environ, la Durance se jetait dans le Rhône en aval d’Arles, via la Crau. Les différentes glaciations et mouvements tectoniques l’ont progressivement détourné vers Eyguières, puis Entressen et Lamanon. Ces déviations successives ont donné naissance à différentes Crau d’âges et sols particuliers comme la Crau d’Arles (la plus ancienne, -1 million d’années), la Crau du Luquier (-200 000 ans) et la Crau de Miramas (-100000 ans). Entre -35000 ans et -10000 ans, lors de la dernière glaciation de Würm, la mer se retire et son niveau s’abaisse de 100 mètres pendant que se produisent d’autres mouvements tectoniques et effondrements. Le seuil d’Orgon s’ouvre et la Durance abandonne alors la Crau en prenant son cours actuel au nord des Alpilles. Cet océan pierreux n’est donc que le delta fossile de la Durance, un delta qui côtoyait celui du Rhône et l’étang de Berre. Son retrait du golfe de Fos a laissé une vaste plaine de 600 km² parsemée de dépressions humides et de marécages, souvent des zones émergentes de la nappe phréatique. Mais auparavant cette rivière torrentielle nous avait fait don de ses alluvions et de ses galets longuement transportés, roulés et lissés, offrant ainsi une belle panoplie de roches alpines. Le trésor du Félibrige définit la Crau comme une lande couverte de cailloux, un terroir pierreux. C’était pour les romains le campus lapideus (le champ de pierres) ou le campus gravi (champ du désespoir). Le géographe Strabon la décrivait comme une terre pierreuse sur laquelle pousse un chiendent (le brachypode rameux) fournissant une abondante pâture au bétail. La Crau a connu des appellations intermédiaires comme cravum en 1015 et cravis en 1225 qui permettent aujourd’hui l’emploi du qualificatif craven. Le coussoul est aujourd’hui couramment employé pour désigner cette steppe de galets recouverte d’une flore maintenue rase par les pâturages. Ce terme dérive de sa véritable appellation : le coussou que Frédéric Mistral traduisait par un lieu soumis au parcours des troupeaux. La Crau coussou désignait autrefois la Crau pastorale. Quelques dizaines de centimètres seulement sous les pierres apparentes des coussouls s’est formé un conglomérat particulier : le poudingue nommé taparas en provençal. Le carbonate de calcium contenu dans l’eau a soudé les galets formant un béton naturel et isolant la nappe phréatique principalement alimentée par l’irrigation des prés. Quelques failles et couloirs permettent le passage des eaux de pluie, d’autres des résurgences (les laurons), sources de zones marécageuses et de mares temporaires. La nappe phréatique, l’une des plus importantes d’Europe, alimente 10 communes. Néanmoins, cette couche épaisse balayée par le mistral et subissant la sécheresse estivale explique la végétation steppique de la Crau : pas de place pour les arbres et leurs longues racines. Le peu de terre disponible associé à un pastoralisme millénaire ont longuement façonné une végétation singulière car ce sont les pâturages qui lui confèrent cette flore aux faciès si particuliers. En été, les coussouls sont écrasés par le soleil et la Crau semble avoir soif. Son abord inhospitalier a été qualifié d’ingrat, d’hostile, de monotone et même d’inquiétant ! Mais on peut d’ores et déjà rappeler que la Crau a été argumentée de seul écosystème steppique de France (Devaux, 1983) avec des intérêts écologiques à préserver. Pour de multiples raisons, c’est donc un patrimoine naturel dont une partie s’étend sur le territoire communal d’Istres.

La Crau sèche : la bergerie du Nouveau Carton (près de la base) avec au premier plan un tas de galets … Pendant la seconde guerre mondiale, les allemands réquisitionnaient des volontaires désignés d’office pour ériger ces monticules et empêcher un débarquement silencieux en planeurs. Un travail fastidieux à faire … et à défaire. Aussi, ces monticules sont restés en place et servent aujourd’hui d’abris pour les reptiles (lézard ocellé notamment) ou de perchoirs pour diverses espèces aviennes. A droite les coussouls de Calissane : sur le cabanon à l’entrée, figure l’inscription d’un berger nostalgique : le Carlton, mon rève …


Les canaux d’irrigation … Naissance de la Crau Humide. Tout commença au XVIème siècle. Salonnais de naissance, Adam de Craponne a reçu en 1554 la permission du Roi Henri II de dévier les eaux de la Durance. 5 années de travaux titanesques pour que les eaux arrivent à Salon puis 5 autres pour parvenir à Istres. Cet ingénieur révolutionna l’économie de toute la région, donnant naissance à la Crau dite humide, plus tard au foin de Crau, à la culture de l’olivier et de la vigne qui perdurera sur les coussouls jusqu’en 1865. Les cultures étaient assurées, d’autres inaugurées sur des terrains inexploités ou défrichés et les élevages intensifiés. En parallèle s’ouvrait l’industrie des moulins à eau. Un confort inespéré, une commodité sans prix sauf pour cet ingénieur qui dépensa beaucoup de ses deniers pour voir aboutir son projet. On parle souvent du canal de Craponne mais on devrait dire plutôt les canaux avec les branches d’Arles, Salon, Istres et bien d’autres … À la fin XVIIème siècle, les multiples ramifications s’avérèrent insuffisantes devant la demande croissante. Le canal de Boisgelin (archevêque d’Aix, XVIIIème siècle) et tous ses dérivés poursuivirent l’irrigation dans les coins les plus retirés. D’autres canaux d’irrigation apparurent comme le Canal Centre Crau irrigant sur son passage les prairies à l’ouest d’Entressen. Il prend sa source dans le fossé Meyrol (réseau d’assainissement) entre Aureille et Eyguières pour se jeter dans le canal du Vigueirat (construit en 1646), via l’étang de Landre, et alimente l’étang d’Entressen en tampon. Un autre a malheureusement détruit l’écosystème de l’étang de l’Olivier : le canal d’Entressen à l’Olivier, creusé entre 1938 et 1941. Divers fossés de drainage et d’irrigation sont acheminés vers un fossé principal capable d’évacuer 11 m³ par seconde, reliant la zone d’Entressen à notre étang de l’Olivier. Les travaux ont été réalisés sous la houlette du SIAC (Syndicat Intercommunal d’Assainissement de la Crau), une association créée en 1936 en prévision de l’expansion agricole de la Crau.

La Crau humide. A gauche : le départ des canaux jumeaux (aux Aumadelles, lieu-dit entre l’étang du Luquier et les coussouls de Calissane).
A droite : mois de novembre, les moutons sont revenus des Alpes et paissent en bordure du canal de Craponne.


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Le foin de Crau. Les canaux d’irrigation ont permis la naissance de cette Crau dite humide et la culture de vergers, potagers et prairies. Les Coussouls s’étendaient jadis sur 60 000 ha avant que le Canal de Craponne et tous ses enfants et petits-enfants n’irriguent en partie ce désert pierreux jusque-là consacré aux pâturages. Le sol fut alors utilisé autrement devenant un bocage fertile parsemé de vergers et de cultures (céréales, vignes, oliviers). C’est au XIXème siècle que se sont développés les 12000 ha de prairies. Elles donnent aujourd’hui l’un des meilleurs foins de France, le seul à recevoir le label AOC. Le premier produit destiné aux animaux à avoir reçu ce label, est géré par le comité du foin de Crau, créé en 1977. Pour recevoir cette appellation, les foins doivent être récoltés dans des prairies identifiées au préalable et s’étendant uniquement sur 11 communes (Arles, Saint Martin de Crau, Istres, Salon de Provence, Fos sur Mer, Grans, Miramas, Eyguières, Aureille, Lamanon et Mouriès). Les 4 premières citées se partagent les plus grandes superficies. Entre mai et septembre, l’irrigation est effectuée tous les 10 jours pour compenser le déficit pluviométrique. Les champs sont alors inondés par les limons fertiles de la Durance. Chaque année, 20000 m³ par hectare sont consommés dont 70% retournent par infiltration à la nappe phréatique qui, pour alimenter 10 communes, voit désormais son avenir dépendre du foin de Crau. Riche en sodium, calcium et magnésium, ses qualités nutritionnelles sont doublées par rapport au foin ordinaire. Elles répondent aux exigences alimentaires de certains élevages et facilitent la digestion des animaux. La 1ère coupe doit être réalisée impérativement avant le 31 mai. Riche en graminées, elle est principalement destinée aux chevaux de course européens et des Emirats du Golfe. La qualité n’a pas de prix pour les pur-sang … Les 2 suivantes sont réservés à l’élevage dans diverses régions françaises spécialisées en fromages. Elles améliorent les performances laitières des bovins, ovins et caprins. La seconde coupe doit être effectuée avant le 25 juillet, la troisième avant le 31 septembre. Il faut environ 10 ans pour parfaire une prairie équilibrée qui produira pendant un siècle ce foin AOC. La production annuelle est évaluée à 100000 tonnes. La composition du foin de Crau doit également répondre à d’autres exigences prévues par le décret ministériel. 4 plantes doivent être majoritairement présentes : le fromental, le dactyle pelotonné, le trèfle des près et le trèfle blanc (ou rampant). 17 espèces sont interdites et excluent l’AOC. Ce sont diverses espèces de laîche, joncs, souchets, prêles … ainsi que l’orchis des marais, le roseau et la menthe aquatique. Des légumineuses, poacées et composées sont autorisées et leur présence varie selon les champs comme par exemple la fétuque des prés, le pâturin des prés, le lotier corniculé, la vesce à épis, la carotte sauvage, le pissenlit officinal, le salsifis des près, l’achillée millefeuilles et bien d’autres apportant une richesse complémentaire aux espèces obligatoires. En automne, la quatrième coupe ne fait pas l’objet d’un fauchage … le regain est réservé aux moutons revenus des Alpes. Leurs rejets constituent une fumure naturelle et fertilisante pour maintenir la qualité l’année suivante. De plus, la végétation cravenne dans les coussouls n’est pas encore prête à être pâturée. De ce fait, l’élevage ovin est devenu complémentaire et indissociable du foin de Crau représentant 2 activités économiques rentables. L’arrêt des pâturages du regain doit s’effectuer 60 jours avant la 1ère coupe. Mais à cette date, les moutons sont déjà partis brouter le brachypode rameux des coussouls. Les Crau sèche et humide ont ainsi trouvé leur équilibre. La faible altitude des Alpilles ne peut apaiser le Mistral asséchant. Ce n’est pas leur vocation première mais les haies protectrices de peupliers, cannes de Provence ou autres feuillus ont désormais un second rôle, celui d’abriter de nombreuses espèces d’oiseaux en leurs offrant des compléments alimentaires quand les coussouls sont déficitaires. De plus, ces prairies protègent certaines espèces d’odonates et d’amphibiens nécessaires à tout écosystème.

Le foin de Crau. De gauche à droite : le dactyle aggloméré (dactylis glomerata), l’une des espèces obligatoires ; coupe de septembre au Mas de Chauvet ; la menthe aquatique (mentha aquatica), l’une des espèces interdites pour l’obtention de l’AOC.


Les moutons Mérinos et la transhumance. Plus de 6000 bovins pâturent en Crau avec les taureaux de Camargue et de combat élevés dans les manades concentrées au nord de Mas-Thibert jusqu’à Aureille. Ils alimentent les corridas, courses camarguaises et les boucheries. Les bovins domestiques ne représentent que 25% du cheptel total avec des vaches allaitantes et laitières comme au Grand Mas à Entressen. Mais l’activité phare reste l’élevage ovin. Les prairies de la Crau humide servent de pâturage et d’agnelage dès le début d’octobre jusqu’en février. Ensuite, place à la steppe semi-aride des coussouls jusqu’en juin. Durant cette période, s’effectuera la tonte puis l’insertion des béliers à la fin du mois de mai. Les brebis agnelleront en automne à leur retour des Alpes. L’agneau pascal engraissé avec des compléments alimentaires en bergerie dès janvier sera prêt au printemps. Les brebis qui n’auront pas produit en automne (les tardonnières) seront remises aux béliers pour un agnelage en février-mars. Les moutons parcourent donc les coussouls pendant les mois printaniers où ils maintiennent une flore rase favorable à de nombreux oiseaux avant de reprendre les chemins de la transhumance vers les Alpes. Un cycle sans fin où les Crau sèche et humide ont encore une fois, trouvé leur équilibre.

Historiquement parlant, la Crau est le bastion du pastoralisme. Il était déjà attesté à la fin de l’époque néolithique (3000 avant JC). Puis il fut poursuivi sous la présence romaine et au Moyen Age sous le contrôle de la Seigneurie des Baux. En 1766, le naturaliste français Louis Daubenton importa de Ségovie plusieurs centaines de mérinos d’Espagne. Il entreprit des travaux d’amélioration de la production de laine dans une ferme de Rambouillet. Il mourut en 1800 après avoir été nommé sénateur. Deux ans plus tard, les premiers métissages avec le mouton local furent effectués. De ce croisement allait naître une race remarquable : le mérinos d’Arles qui s’adapta rapidement à la végétation particulière des coussouls. Ce succès favorisa la création d’une bergerie Impériale à Arles en 1806. La Crau, déjà fertilisée par Craponne et Boisgelin, vit fleurir un à un les mas et les bergeries. Les éleveurs commençaient à jouer dans la cour des grands avec 100000 brebis recensées en 1828, 250000 en 1925 … jusqu’à l’activité actuelle moindre mais toujours rentable. Aujourd’hui la population de Mérinos d’Arles est estimée à 350000 têtes dont 120000 en Crau représentant les ¾ du département. Ils appartiennent à 160 éleveurs (et herbassiers qui, sans terre, louent des places de pâturage dans les Alpes et en Crau). Au début du XIXème siècle, ils étaient élevés pour leur toison abondante. Suite à la crise lainière de 1860, la tonte est toujours pratiquée par des professionnels mais rapporte peu. La laine de mérinos d’Arles est pourtant l’une des plus fines au monde (2 à 3 microns) mais bute sur une importation concurrentielle. Ils sont progressivement devenus des bêtes à viande très enviées commercialement. Pour être vendus, les agneaux doivent répondre à des critères d’âges et de poids comme l’agneau de lait ne qui ne doit pas dépasser 70 jours et l’agneau de bergerie 180 jours. Nés plus tard au printemps, les agneaux tardons partent à l’abattoir au-delà de ces 180 jours butoirs. Une autre catégorie appelée agneaux maigres est destinée à l’Aveyron et à quelques pays européens. Ceux ayant pâturés dans les Alpes et la Crau peuvent recevoir le fameux label agneau de Sisteron. Mais afin de valoriser le produit local, des démarches sont en cours pour créer des AOC qui pourraient se nommer agneau Mistral et agneau du pays d’Arles.

Béliers Mérinos d’Arles avec ses cornes tirebouchonnées : les banes. Celles portées par quelques rares brebis se nomment les banettes. Les motis sont des béliers dépourvus de cornes. A droite : Un flouca (terme provençal se traduisant par orner, décorer). C’est en fait un male castré, docile et charismatique, capable d’aider le berger pour coordonner le troupeau. Il est donc orné d’une grosse sonnaille (le redoun).


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La Réserve Naturelle des Coussouls de Crau. La réduction des coussouls. La base aérienne d’Istres et les terrains militaires interdits entre Istres et Miramas (soit 33% des coussouls !), la gare de triage de Miramas, l’hippodrome de la Crau (construit en 1862), la décharge d’Entressen, les carrières, le centre d’essai BMW, le complexe industriel de Fos grandissant, les zones d’activités commerciales, les vergers installés sur les coussouls par manque de place dans les départements limitrophes, l’assèchement des marais … ont mis en péril depuis le début du XXème siècle l’équilibre aujourd’hui accepté entre les Crau sèche et humide. L’urbanisation triomphante, l’abandon de cultures agricoles traditionnelles au profit d’agricultures intensives et industrielles, l’emploi de pesticides et engrais chimiques, la pollution de l’air, de l’eau et des sols … bouleversent l’équilibre écologique. La flore typique des coussouls n’est pas réapparue 20 ans après l’abandon de certaines cultures où des parcelles avaient été profondément labourées et épierrés. Le coussoul perdu ne reviendra plus, remplacé par des friches sans grand intérêt. Certains avaient perçu dans ces cultures une mise en valeur d’espaces inoccupés alors que les seuls gangas cata suffisent à valoriser ce patrimoine. Lors des dernières décennies, la réduction de ces habitats devenait une menace pour la faune et la flore. Certaines espèces ont disparu, d’autres se sont vues séparées comme le criquet rhodanien présent au Centre Crau et à Calissane, seul coussoul istréen inclus dans la réserve. Aussi, l’enjeu de conservation était devenu primordial.

Les cultures ont donc largement empiété sur les coussouls qui s’étendaient jadis sur 60 000 ha jusqu’à la Méditerranée, aujourd’hui 10 000 environ. En 1989, après une guerre froide contre les agriculteurs de la Crau, et avec divers soutiens comme la LPO, le CNPRP (conservatoire régional du patrimoine naturel de Provence) et le CEEP (Centre d’Etudes des Ecosystèmes de Provence) commence l’achat de petites parcelles de coussouls pour enrailler les tentatives de plantations sauvages. Après bien des négociations, appuyé par des financements européens issus des directives habitats et oiseaux, l’état français s’engage à ce que les coussouls ne subissent aucune modification. Près de 4000 ha sont alors gelés. Proverbes obligent … ce n’est pas avec des si qu’on a pu mettre les coussouls en bouteille et la réserve ne s’est pas faite en un jour. Il aura fallu plus de 20 ans d’efforts soutenus pour aboutir à sa création en octobre 2001. La RNCC s’étend aujourd’hui sur 7 communes et 7500 ha dont 242 sur Istres. Saint Martin de Crau a pris la plus grosse part du gâteau avec 4500 ha. La superficie totale peut paraître dérisoire par rapport à son étendue d’origine mais ces espaces qui furent si convoités sont désormais inviolables. Un beau retour vers le futur. L’ensemble est très morcelé et appartient à différents propriétaires (collectivités, Etat, privés, conservatoire du littoral, CEEP et même l’armée avec 1100 hectares). La réserve a une réglementation stricte avec des gardes assermentés veillant aux infractions.

Les panneaux signalant aux visiteurs l’entrée dans des coussouls appartenant à la réserve. A droite : une gerbe d’asphodèle d’Ayard
(fleur mythique de la Crau sèche) avec au loin la bergerie de l’Opéra.


La faune et la flore. Beaucoup se fient aux apparences et ne voient dans la Crau qu’un espace désolé, un désert aux sensations de vide rempli de galets. Pourtant si une Réserve Naturelle a été créée, c’est tout simplement que la faune et la flore présentaient des espèces en péril dans des coussouls plus en plus diminués. Et certaines ne pourraient retrouver cet habitat naturel … nulle part ailleurs … Voici quelques espèces phares de la Crau. La liste est loin d’être exhaustive et dépasse le cadre de ce site (le CEEP a par exemple recensé entre 2005 et 2008 près de 500 espèces de lépidoptères dont 15 d’intérêt patrimonial).

Le ganga cata (pterocles alchata) : la Crau est le seul territoire en France à accueillir cette espèce unique mais très difficile à repérer au sol. Pour le remarquer, on dit même qu’il faut attendre qu’un galet s’envole ! Le male parvient à transporter de l’eau dans ses plumes ventrales pour abreuver les poussins chaque matin. Mais les adultes sont adaptés à la sécheresse et s’abreuvent peu. C’est dans les gènes du genre ganga avec d’autres espèces habituées à vivre dans les déserts espagnols et d’Afrique du Nord. Le bupreste de Crau (ou acméodère de l’onopordon, acmaeoderella cyanipennis perroti, est une autre espèce unique en France. On peut voir ce coléoptère seulement pendant une dizaine de jours (de fin juin à début juillet), butiner le pollen des pets d’âne d’Illyrie. La date varie selon la floraison de l’onopordon, liée aux conditions météo. Les œufs se développent dans les tiges asséchées de la plante hôte. On a longtemps cru à une exclusivité cravenne mais il a été récemment observé sur les pets d’ânes des Alpilles et du Plateau de l’Arbois. Peut être a-t-il migré, étendu naturellement son aire de répartition ou involontairement déplacé … en tous cas, ce n’est pas une raison suffisante pour oublier cet insecte unique au monde dont les mœurs restent à découvrir. Un autre insecte : le criquet rhodanien, dit de Crau (prionotropis hystrix ssp rhodanica). Encore une fois, les coussouls sont le seul endroit sur notre planète où ils vivent. C’est donc une espèce patrimoniale majeure. Elle a été découverte par hasard dans les années 20 alors que la population essayait désespérément de palier à l’invasion de criquets marocains. Ses ailes atrophiées le privent de vol, aussi il ne doit parcourir que 200 mètres au cours de sa courte vie (de l’éclosion en mars jusqu’à l’extinction annuelle fin juin après reproduction).

De gauche à droite : le ganga cata, le bupreste de Crau et le criquet rhodanien.


Continuons avec l’outarde canepetière (tetrax tetrax) qui aime la Crau puisqu’elle représente le plus grand site d’hivernage français pour cette espèce. Le faucon crécerellette (falco naumanni) l’aime également … La Crau fut longtemps son unique site de reproduction. Mais après l’avoir déserté quelques saisons (il ne restait que 3 couples en 1983), ce petit gabarit de 70 cm a fait un retour aux sources encourageant. Plus d’une centaine de couples nichent actuellement dans les coussouls, soit les 2/3 tiers des estivants français. D’autres espèces patrimoniales nous rendent visite tels l’aigle de Bonelli et le vautour percnoptère qui nichent dans les Alpilles, ou encore l’alouette calandre (melanocorypha calandra) où la Crau regroupe 80% de l’effectif national. Pour terminer, citons en vrac quelques autres vitrines de la Crau : le lézard ocellé, la lycose de Narbonne, les pie-grièches, la cigogne blanche, le rollier d’Europe, le guêpier, la huppe fasciée … hérons … rapaces … et bien d’autres …

Trois autres vitrines des coussouls. De gauche à droite : le guépier (merops apiaster), un migrateur coloré qui rejoint les coussouls au printemps jusqu’à la fin août. L’outarde canepetière. Le faucon crécerellette et de nouveau le guêpier …
… un infatigable chasseur d’insectes qui croque ici un cordulégastre annelé.


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5. Les zones protégées.

Initié dès 1982 par le ministère de l’environnement, l’Etat a établi pour chaque région l’inventaire du patrimoine naturel sur l’ensemble du territoire national. Ces inventaires, nécessaires à la mise en œuvre de politiques de conservation de la nature, identifient scientifiquement des espaces naturels exceptionnels ou représentatifs de ce patrimoine naturel. Ils ont donné lieu à des territoires appelés ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique). On distingue 2 types de ZNIEFF. Une ZNIEFF de type 1 est d’une superficie plutôt limitée et recense les espèces, les milieux rares, remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel national ou régional. Une ZNIEFF de type 2 représente de grands espaces naturels riches et pouvant inclure les zones de type 1. L’inventaire des ZNIEFF n’a pas de statut juridique. C’est avant tout un outil de connaissances et de valorisation du patrimoine naturel. Il reste néanmoins informatif, et doit être consulté pour tout projet d’aménagement du territoire. Les ZNIEFF ont été validées à partir de listes type (préétablies) d’espèces et d’habitats déterminants et remarquables. La présence d’une espèce ou d’un habitat déterminant justifie la création d’une zone. Voici la liste des ZNIEFF où la commune d’Istres est concernée :

ZNIEFF de type 1 n° 13-100-145. La poudrerie de Saint Chamas. 30 ha.
ZNIEFF de type 2 n° 13-129-100. Collines d’Istres, Miramas, Sulauze, Monteau, Quinsanne. 861 ha.
ZNIEFF de type 1 n° 13-109-124. Les Salins de Rassuen. 34 ha.
ZNIEFF de type 1 n° 13-109-103. Etang de Lavalduc. 355 ha.
ZNIEFF de type 2 n° 13-109-100. Etangs de Lavalduc, Engrenier, Pourra, Citis et Salins de Rassuen. 2070ha.
ZNIEFF de type 2 n° 13-134-100. Etang d’Entressen. 110 ha.
ZNIEFF de type 2 n° 13-137-100. Etang du Luquier. 23 ha.
ZNIEFF de type 1 n° 13-157-167. La Crau sèche. 12900 ha.
ZNIEFF de type 2 n° 13-157-100. La Crau. 20800 ha.

ZNIEFF (géologique) n° 1321G01. Les Heures Claires. 3,7 ha.
ZNIEFF (géologique) n° 1322G00. Ferme du Vieux Sulauze. 1,4 ha.
ZNIEFF (géologique) n° 1323G00. Coupe de la rive occidentale de l’Etang de Berre. 6,7 ha.
ZNIEFF (géologique) n° 1327G02. Coupe de Vignes Gastes. 3,2 ha.

Trois saladelles protégées, de gauche à droite : le statice à épis denses (limonium densissimum, Salins de Rassuen), le statice dur (limonium duriusculum, étang de Lavalduc) et le statice de Provence (limonium cuspidatum, plage de Jeanone, étang de Berre).


Trois autres espèces remarquables et rares, de gauche à droite : la bugrane sans épine (ononis mitissima, Lavalduc), l’hélianthème à feuilles de marum (helianthemum marifolium ssp marifolium, colline de Saint Etienne) et Le sainfoin épineux
(hedysarum spinosissimum ssp spinosissimum, abords de la route du Delà).


Le réseau Natura 2000 est un réseau écologique européen composé de sites (SIC et ZSC, ZICO et ZPS) dont le rôle est l’application des directives européennes Habitats et Oiseaux. Ce réseau a pour objectif d’assurer la protection d’habitats naturels exceptionnels dont les espèces remarquables et menacées sont citées dans les annexes de ces 2 directives. Natura 2000 n’est pas forcément un dispositif d’interdiction. Pour atteindre ses objectifs (survie des habitats et des espèces), ce réseau doit concilier ses contraintes de conservation, les activités industrielles et agricoles déjà présentes et les projets d’urbanisation ou d’extension socio-économiques. La DIREN (direction régionale de l’environnement) veille à la prise en compte des sites Natura 2000 dans les documents d’urbanisme. L’inventaire des ZSC et ZPS est assez proche des ZNIEFF.

De gauche à droite : la gratiole officinale (gratiola officinalis, étang du Luquier), l’asphodèles d’Ayard
(asphodelus ayardii, Crau, Chemin du Safre …) et le liseron rayé (convolvulus lineatus, Lavalduc).


Un SIC est un Site d’Importance Communautaire proposé par Natura 2000 à la commission européenne en application de la directive Habitats. La Crau centrale-Crau sèche a été classée comme SIC entre 1998 et 2004. Une ZSC est Zone Spéciale de Conservation. Lorsqu’un SIC est sélectionné par la commission européenne, celui-ci devient une ZSC par arrêté ministériel. La Crau centrale-Crau sèche a été validée comme ZSC en 2004 (ZSC n° FR 9301595, 31607 ha).

De gauche à droite : la cistude d’Europe (emys orbicularis, étang d’Entressen), l’agrion de mercure (coenagrion mercuriale,
en train de s’accoupler à Lavalduc) et le lézard ocellé (timon lepidus, Crau, Salins de Rassuen).


Une ZICO est une Zone d’Importance Communautaire pour les Oiseaux). Elle représente l’inventaire scientifique d’un site ayant un grand intérêt ornithologique hébergeant des populations d’oiseaux jugées d’importance communautaire. 2 ZICO sur Istres : PAC03 (la Crau) et PAC15 (étangs de Citis, Lavalduc, Engrenier, l’Estomac, Salines de Rassuen et de Fos). Ces zones inventoriées servent (en partie) de base à l’élaboration des ZPS : Zone de Protection Spéciale désignée par arrêté ministériel : l’état s’engage dans ces zones à assurer la protection de toutes les espèces aviennes avec un regard particulier sur les espèces migratrices et menacées. 2 ZPS sur Istres : La Crau (depuis 1990 : ZPS n° FR 9310064, 40000 ha) et les étangs entre Istres et Fos (en 2006 : ZPS n° 9312015, 1225 ha).

De gauche à droite : Le tadorne de Belon (tadorna tadorna, Monteau, Lavalduc), l’aigle de Bonelli (aquila fasciata, un visiteur de la Crau)
et l’oedicnème criard (burhinus oedicnemus, Lavalduc, Crau).


La chênaie de Lavalduc : L’association A.R.B.R.E.S. a pour vocation de recenser et sauvegarder les arbres exceptionnels de l’hexagone. Elle a créé en 2000 un label national Arbre Remarquable de France. Professeur agrégé de sciences naturelles, le président Georges Feterman est tombé amoureux de la chênaie de Lavalduc et a accordé dès sa première visite le label au site istréen. Une chênaie de chênes verts (quercus ilex) concentrés sur 1,5 hectare, évoluant sur des roches sédimentaires et comportant des formes très particulières (troncs droits, tortueux, simples, multiples et … millénaires pour les plus gros). Lieu de biodiversité presque mitoyen à l’étang (face au domaine), proches de zones urbanisées et industrialisées, la chênaie de Lavalduc a été labellisée et inaugurée le 14 mars 2015. Elle intègre désormais le PLU (Plan Local d’Urbanisme) avec la mention EBR (Espace Boisé Remarquable). Le site istréen est le 3ème dans les Bouches du Rhône à recevoir le label Arbre remarquable de France, après le platane géant de Lamanon (qui aurait été planté au XVIème par Catherine de Medicis venue rendre visite à Nostradamus) et après le Pin d’Alep de Miramas-le-Vieux (un pin bistourné jugé bicentenaire et à l’ombrage recherché dans l’Avenue Mireille).

Voir le site de l’association A.R.B.R.E.S. (Arbres Remarquables : Bilans, Recherches, Etudes et Sauvegardes).

La chênaie de Lavalduc : des arbres millénaires au sein d’un chaos de roches sédimentaires. Le diplôme (à forte valeur symbolique) a été
décerné pour préserver ce site où les chênes verts se sont naturellement concentrés au fil des générations.


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6. L’école d’aviation, la base aérienne.

Après les exploits de Clément Ader et des premiers aviateurs pionniers, la première guerre mondiale éclata … La nécessité du combat aérien devenant de plus en plus urgente, on décida en 1917 d’ouvrir une école supplémentaire d’aviation au Tubé. La Crau présente en effet des conditions géographiques propices … Cette année-là, ce fut la construction dans l’urgence de pistes dans les coussouls (Pistes de Barbat, du Paty, des Lions, de Guirand …) puis en 1918, ce fut le tour des pistes du Vallon, du Verry, de Vergières … Mais dans une école, c’est la formation qui prime et le premier pilote breveté à Istres fut le sergent Angel Pichon, le 28 mai 1917. 2770 pilotes furent ensuite brevetés jusqu’à l’armistice. A la fin de la guerre, l’école comptait 2000 hommes, 500 avions et délivrait 300 brevets par mois. Elle dut s’agrandir et revoir l’infrastructure construite dans l’urgence lors de son ouverture. Mais en parallèle, dès 1919, l’école istréenne allait connaitre de nouvelles heures de gloire et des pilotes célèbres, même si on doit déplorer de nombreux accidents dus au mistral ou à la recherche de records par des pilotes ambitieux et aux commandes de prototypes pas toujours au point. En voici quelques-uns (liste non exhaustive) :

  • 1919 : Henri Roger et François Coli décollent d’Istres et réussissent la traversée de la Méditerranée.
  • 1922 : Sadi Lecointe bat le record de vitesse sur Nieuport 29 (341 km/h) puis le rebat en 1923 (375 km/h).
  • 1924 : L’adjudant Florentin Bonnet bat le record mondial de vitesse sur un avion Bernard (495 km/h).
  • 1928 : Deux records d’endurance sont battus, tous deux sur un Bernard Hispano : Antoine Paillard (sur 1000 kms) et Eugène Camplan (sur 2000 kms) respectivement avec 1 et 2 tonnes de charge.
  • 1929 : Première femme pilote à Istres, Lena Bernstein bat le record féminin 3ème catégorie en reliant Istres à Sidi-Barain (Egypte).
  • 1929 : Dieudonné Costes et Paul Codos battent le record de distance en circuit fermé (8029 kms) en 52 h et 20’.
  • 1931 : Marcel Doret et Joseph Le Brix : nouveau record de distance : 10732 kms en 72h.
  • 1934 : Seconde femme pilote à l’école d’Istres, Hélène Boucher bat le record féminin de vitesse sur base (445 km/h) puis le record féminin de vitesse sur 100 kms (409 km/h) sur Caudron 450.
  • 1934 : Jacques Puget et Jean Moulignat établissent un nouveau record de vitesse sur 1000 kms.
  • 1934 : Sur Caudron 460, Raymond Delmotte bat d’abord le record français de vitesse sur base (480 km/h) puis mondial (505 km/h).
  • 1937 : Maurice Rossi établit un record mondial de vitesse sur 5000 kms (311 km/h) en décollant puis en atterrissant à Istres. Cette même année, il décolle d’Istres et rejoint Santiago du Chili, soit 13800 kms en 59 heures, escales comprises.
  • 1938 : Maurice Rossi se surpasse et établit à Istres dix records du monde aux commandes de l’Amiot 370.
  • 1939 : Nouveau record mondial de vitesse à Istres pour Rossi : 317 km/h sur 10000 km/h.

Les hangars de la marine et à droite : la piste du Barbat (du nom du 1er moniteur tué en service aérien commandé à Istres en 1917).


De gauche à droite : Jean Mermoz (1901-1936), Hélène Boucher (1908-1934) et le sergent Pichon (1er pilote brevété à Istres en 1917).


De gauche à droite : Raymond Delmotte, Joseph Sadi-Lecointe et Paul Codos.


A partir de 1930, les premières pistes en terre où ont été épierrés les galets de la Crau, sont abandonnées (ou conservées en annexe pour certaines), au profit de la piste dite des Grands Raids. C’était en fait une piste parallèle à celle du Barbat, longue de 1500 mètres et cimentée pour la première fois en France … afin de s’adapter à l’évolution galopante de l’aéronautique. Sur cette piste décolleront des pilotes aux commandes d’avions surchargés ou au départ de destination lointaine : Afrique, Nouvelle Calédonie, Indochine … pour des records, des tests, des missions spéciales ou pour des courses comme celle Istres-Damas-Paris en 1937, retracée par Christian Giroussens dans le bulletin n°36 des AVI.

Beaucoup de pilotes ont été formés à l’école d’Istres mais certains réalisèrent leurs exploits bien loin de notre commune. Citons Henri Guillaumet (1902-1940) qui obtînt son brevet en 1921 et réalisa entre autres une vingtaine de traversées de l’Atlantique Sud ; Jean Mermoz (1901-1936) également breveté en 1921 pour devenir (comme le précédent) un pionnier de l’aéropostale chez Air France. Il réussit à relier Istres et Buenos Aires en 10 jours en 1934; De nouveau Maurice Rossi qui fut le premier (en compagnie de Paul Codos) à franchir l’Atlantique Nord dans les deux sens (Paris – New-York) en 1934. Et bien d’autres comme Antoine de Saint-Exupery (1900-1944) … Pour l’anecdote, citons également Charles Trenet qui a effectué son service militaire à Istres en 1936 à l’âge de 23 ans. Loin d’être exemplaire, il était souvent de corvée ou en prison … C’est d’ailleurs en cellule qu’il écrira l’un de ses plus grands succès : Y’a d’la joie.

Mais la tristesse sera de retour … lors de la seconde guerre mondiale. Les allemands occupèrent la base dès novembre 1942. Une base qui sera éprouvée par les bombardements alliés (novembre 1943, janvier 1944) et par les allemands qui détruisirent les installations avant leur rémission. Tout redémarra en 1947, avec la création du CEV (Centre d’Essai en Vol) qui allait progressivement développer la mise au point des prototypes militaires français et l’homologation des appareils civils (accueillant le 1er vol de l’airbus A380 en 2005). En 1948, la Base Aérienne 125 prenait naissance. Charles Monnier en est le parrain. C’est un hommage rendu à l’un des meilleurs pilotes combattants de la seconde guerre mondiale, devenu ensuite pilote d’essai au CEV en 1947. Il a péri sur la plateforme istréenne le 3 mars 1953 sur un Mystère 01 à 800 km/h au cours d’un essai de largage de bidons. Charles Monnier a été cité à l’Ordre de la Nation le 25 juin de cette même année. D’autres pilotes prestigieux continueront les prouesses et les essais liés à l’évolution technique de l’aéronautique. Jacqueline Auriol fera les beaux jours de la base et des avions Dassault, multipliant les records mondiaux et valorisant les performances d’appareils comme le Mystère II, le Mystère IV, le Mirage III. Brevetée pilote d’essais, elle sera également la première femme à dépasser le mur du son. Citons également des pilotes qui habitaient Istres comme Eugène Sixdenier et André Turcat sur Concorde.


De gauche à droite : Jacqueline Auriol ; Joseph Le Brix et Marcel Doret; Hélène Boucher.


Aujourd’hui, la BA 125 est devenu l’une des bases stratégiques les plus importances de France. Parmi les missions principales de ce complexe militaire, on peut retenir la dissuasion nucléaire, plusieurs unités de forces aériennes, le ravitaillement en vol, la défense sol-air et une escadrille d’hélicoptères destinée aux missions de sauvetage et de sûreté (Plan ORSEC par exemple). La base dispose d’un budget annuel énorme et son fonctionnement est indissociable de la vie économique istréenne et de la région. Outre le CEV, d’autres entreprises sont liées au site comme Dassault Aviation, la SNCEMA (centre d’essais pour réacteurs), l’EADS (Eurocopter) et l’EPNER, une école spécialisée pour les pilotes d’essais. Implantés en Crau, les terrains militaires interdits sont nombreux et occupent 30% des coussouls ! 45 kms de périphérie, 2400 ha de superficie … Grâce au mistral et à une météo favorable sur l’ensemble de l’année, la base d’Istres a de l’espace …à tel point que sa piste de 5 kms, la plus longue d’Europe, avait pour mission jusqu’en 2011 d’accueillir la navette spatiale américaine si un problème technique était détecté entre son lancement et sa mise en orbite.

Hangars aéronautiques de la base : Certains hangars sont dus à l’ingénieur français Ferdinand Arnodin (1845-1924). Ce sont des hangars à câbles avec poutres raidissantes du type appelé semi-rigide : quatorze pylônes métalliques de 17 mètres de haut conçus par le célèbre ingénieur français Gustave Eiffel, reposent sur les fondations par des rotules d’acier et supportent par des câbles obliques une toiture en tôle d’acier. Ce type de construction, malgré des dimensions imposantes (96 m de long, 43 m de large et 10 m de haut), garantit une excellente résistance au fort mistral qui souffle dans la région. Ces hangars édifiés en 1919 sont inscrits à la Commission Régionale du Patrimoine et des Sites (CRPS) du 28 novembre 2000.

Un Mirage 2000D (au sol) et un mirage 2000N (en vol). A droite : les Alpha jets et pilotes de la Patrouille de France en briefing
sous le passage de la patrouille ISKRY de Pologne (journées portes ouvertes de la base).


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